La démarche se veut un signal fort. La Conférence des gouvernements de Suisse occidentale (CGSO) a écrit au Conseil fédéral une missive au contenu particulier, a appris Le Temps. Sur l’initiative du canton du Jura, elle lui demande de penser aux Romands en nommant le futur directeur de l’Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL).

L'enjeu est hautement stratégique. Responsable des achats de la Confédération, l'OFCL a dépensé pour 5,5 milliards de francs en 2014 (constructions et matériel militaire compris). Son directeur, Gustave E. Marchand, alémanique comme son nom ne l'indique pas, tient les rênes de l'office depuis sa création en 1999. Il prendra sa retraite à fin novembre. Une occasion en or pour les Latins de faire valoir leur sensibilité. «Il s'agit de marquer notre intention dans un dossier plus ancien, celui des récriminations des régions périphériques s'agissant des marchés publics», explique le conseiller d'Etat neuchâtelois Alain Ribaux, président de la CGSO. 

Barrière linguistique 

En effet, les régions latines s'estiment lésées dans les adjudications de la Confédération parce qu'elles ne parlent pas allemand. Suite à de nombreuses critiques relayées par les parlementaires fédéraux, une étude a été réalisée en 2014 sur les causes de cette sous-représentation effective. Résultats: une barrière linguistique est attestée. Mais ce n'est pas le seul facteur. Les chercheurs ont aussi mis en évidence une perception culturelle différente de l'appel d'offres, ou encore le rôle de la concentration des offices fédéraux dans la région bernoise. 

Suite à cette étude, le Conseil fédéral a émis des recommandations, comme le fait de publier les appels d'offre dans au moins deux langues nationales. La Conférence des gouvernements de Suisse occidentale a accompagné le mouvement. «Depuis deux ans, nous avons relancé les contact avec l'OFCL. Nous avons rencontré une direction très ouverte à nos demandes, assure Alain Ribaux. Un monitoring qui répertorie exactement les attributions des achats par région a été établi. Il fonctionne pour l'heure dans quatre des  sept départements fédéraux.» Des séances destinées aux entreprises romandes sont aussi organisées par l'OFCL. 

Seuls 4,9% de francophones

La récente lettre des cantons romands s'inscrit dans ce contexte, dans une «volonté de sensibilisation et de reconnaissance par la Berne fédérale. Nous n'exigeons pas qu'un Latin soit nommé pour remplacer M.Marchand. Mais nous trouverions cela extrêmement positif», note Alain Ribaux. Une manière aussi de répondre à une problématique connexe, celle de la sous-représentation des Latins parmi les cadres de l'administration fédérale. L'OFCL est particulièrement mauvais élève, avec seulement 4,9% de personnel francophone, contre un seuil visé de 21,5%. 

Le Département fédéral des finances, qui chapeaute l'Office des constructions et de la logistique, indique prendre en compte la démarche des cantons romands, tout en rappelant qu'elle n'est pas contraignante. «On recherche le ou la meilleur candidat(e)», précise le DFF.  Sa nomination interviendra idéalement en mai.