Les exécutifs des villes de Saint-Gall, Winterthour, Zurich, Zoug et Lucerne ont présenté, lundi à Berne, un front commun pour défendre l'élimination rapide des goulets d'étranglement sur les liaisons ferroviaires avec Zurich. Un signal fort, alors que le Conseil des Etats abordera, la semaine prochaine, la question du projet ZEB (pour Futur développement de l'infrastructure ferroviaire).

Dans la ligne de mire de cette alliance de villes, la réalisation du tunnel du Zimmerberg (voir infographie), pendant alémanique de la troisième voie romande en termes d'importance. Cette coalition, inhabituelle compte tenu des intérêts souvent divergents des cités de Suisse orientale et centrale, additionnée à l'émergence du Comité du Gothard, qui réunit cantons de Suisse centrale et du nord-ouest, accentue la faiblesse des Romands dès qu'il s'agit de défendre la réalisation des projets ferroviaires essentiels? Une absence d'union d'autant plus étonnante que la majorité des élus francophones ne cessent de répéter l'urgence de la réalisation de la troisième voie?

Un manque de leader

«Il n'y a pas de concertation entre élus et, par conséquent, pas de stratégie», résume Olivier Français, conseiller national radical vaudois et municipal lausannois des Travaux. Et d'ajouter: «Nous manquons cruellement d'une structure forte capable d'apporter une vision sur le long terme et de définir un plan d'investissement pour le futur.» Roger Nordmann (PS/VD) ajoute qu'«il manque aussi aux Romands la capacité d'avoir un coup d'avance dans ce dossier». Un défaut que le socialiste explique par le fait que «les intérêts divergent entre Genevois et Vaudois».

Jacqueline Fehr (PS/ZH) évoque, quant à elle, «l'absence d'un leadership du côté des Romands depuis le départ du conseiller aux Etats Michel Béguelin (PS/VD) sur la question des transports». Pourtant les élus compétents en la matière ne manquent pas sous la Coupole. Entre autres parmi les Verts: Robert Cramer, conseiller aux Etats genevois et conseiller d'Etat, et Daniel Brélaz, conseiller national et syndic de Lausanne. Ueli Leuenberger, président du Parti écologiste suisse, souhaite échafauder d'urgence une structure compétente en réunissant les élus de son parti.

Ouestrail attaque

Certains parlementaires regrettent également le manque d'efficacité du lobby Ouestrail, censé défendre les intérêts de la Suisse occidentale. L'association s'apprête néanmoins à taper trois fois sur la table des conseillers aux Etats. Aujourd'hui, tout d'abord, deux communiqués seront publiés. Le premier est signé par les chefs des six gouvernements cantonaux romands ainsi que par leur responsable des transports. Le second émane du forum interparlementaire romand, soit de la coordination du Grand conseil des six cantons. Mercredi, enfin, sous l'égide de Ouestrail, ce sera au tour des Conseils d'Etat, des présidents des villes et de quelques parlementaires romands de transmettre un message aux sénateurs pour que l'entier des promesses de Rail 2000 soit financé.

Malgré cette triple initiative, la structure de défense des élus romands à Berne ne présente pas un front aussi uni que l'a été, par exemple, celui des Tessinois au moment de la crise de CFF Cargo. Quelques parlementaires romands soulignent également qu'il aurait été préférable de ne défendre qu'un seul projet prioritaire sous la Coupole, notamment la troisième voie. A plus d'un titre, le grand Zurich a toujours un temps d'avance sur les lobbies romands.