Commentaire

Lobbyisme: le besoin de transparence finira par l’emporter

Le Conseil national vient de rejeter une initiative parlementaire visant à réglementer le lobbyisme. Mais le parlement finira un jour ou l'autre par se faire rattraper par la tendance générale, commente notre journaliste Bernard Wuthrich

Quel gâchis! Quatre ans après son dépôt, l’initiative parlementaire de Didier Berberat, dont les préoccupations sont justes, finit en queue de poisson. Les règles minimales auxquelles les lobbyistes auraient été astreints n’ont pas passé le cap du Conseil national. Bien sûr, on peut encore se dire que le Conseil des Etats campera sur ses positions plus favorables, mais quand on voit le temps qu’il a mis pour présenter un projet minimaliste, l’espoir est mince.

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Il faut se rendre à l’évidence: il n’existe pas, aux Chambres fédérales, de volonté majoritaire de réglementer la fréquentation de l’hémicycle par les représentants des groupes d’intérêt. Cela s’explique par les liens que les élus entretiennent avec ceux-ci et par le fait qu’ils sont eux-mêmes les porte-voix d’intérêts sectoriels ou spécifiques. C’est regrettable. Mais le parlement finira bien par se faire rattraper par la tendance générale, qui exige toujours plus de transparence.

Le lobbyisme est nécessaire. Les parlementaires, qui restent pour la plupart des miliciens, ont besoin de connaître les besoins et revendications des acteurs de la société civile et économique. Les dossiers devenant de plus en plus complexes, le lobbyisme a gagné en importance. Il est un maillon de la chaîne de la formation de l’opinion. Il est juste de le reconnaître comme tel et de prendre des mesures contre les abus et les zones grises. Or, il en existe. On rappellera l’affaire du Kazakhstan, qui a vu les partisans du gouvernement et ceux de l’opposition se livrer sans l’avouer ouvertement un combat d’influence au Palais fédéral par lobbyistes interposés. La prolifération d’agences de communication, dont certaines échappent aux règles déontologiques volontaires de la Société suisse de public affairs (SSPA), exige qu’un cadre soit fixé, comme le requiert le Conseil de l’Europe, dont la Suisse est membre.

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