Lobbying

Les lobbyistes parlementaires pourraient devoir faire preuve de plus de transparence

Les groupes d’intérêts doivent afficher plus clairement leurs liens d’intérêt, dit le Conseil des Etats. La remise en question de l’opacité fédérale gagne du terrain

L’accès des lobbyistes au parlement fédéral est un sujet sensible sous la Coupole. «Ce projet n’est pas un monstre», s’est ainsi empressé de rassurer le conseiller aux Etats Didier Berberat (PS/NE), à l’origine d’une initiative parlementaire sur le sujet. Il a convaincu ses collègues. Par 24 voix contre 14, le Conseil des Etats a accepté de contraindre les groupes d’intérêts à faire preuve de plus de transparence pour obtenir un accès aux travées du législatif helvétique. «Un premier pas», dit le principal intéressé.

«Le système actuel est malsain»

«Il ne s’agit pas de remettre en cause le rôle des lobbyistes au Palais fédéral, souligne le Neuchâtelois. Pour autant que l’on garde son esprit critique, ces derniers demeurent des acteurs incontournables. Ils permettent d’obtenir des éclairages ou d’attirer notre attention sur un problème oublié d’un projet de loi. Toutefois, le système actuel est malsain.» A l’heure actuelle, les parlementaires suisses peuvent donner deux cartes d’entrée permanente au Palais à deux personnes ou décider de diversifier leurs invités en distribuant deux cartes journalières par jour.

«Qu’un membre du parlement donne ses badges à un collaborateur personnel ou à un ami, cela me paraît normal, dit Didier Berberat. Plusieurs lobbyistes sont également transparents, travaillent pour une entreprise définie, le WWF, Economiesuisse, leur activité est claire. D’autres personnes représentent en revanche des entreprises de relations publiques dont le mandat est flou. C’est la situation de ces gens-là qui doit être éclaircie.»

Selon le projet de loi accepté mardi par la Chambre haute, les représentants d’intérêts devront désormais indiquer clairement le nom de leur employeur et leur mandat. Jusque-là libre de se déplacer comme bon leur semblait, les visiteurs au bénéfice d’une carte journalière devront quant à eux se faire accompagner par le parlementaire qui leur a permis l’entrée. Le projet doit encore passer au National.

«Les meilleurs lobbyistes sont les parlementaires»

«C’est une belle avancée, salue Didier Berberat. A l’avenir, il faudra toutefois encore se pencher sur les liens d’intérêt des parlementaires eux-mêmes. Ce sont eux, les lobbyistes les plus puissants.» Selon le Groupe d’Etats contre la corruption (Greco) du Conseil de l’Europe, le financement de la vie politique suisse est l’un des plus opaques du continent.

Les choses pourraient toutefois changer. La population sera appelée à voter prochainement sur le financement des partis et des campagnes électorales et, ce mardi, le conseiller national Mathias Reynard (PS/VS) annonçait le dépôt d’une initiative parlementaire pour que les parlementaires révèlent tous les avantages dont ils bénéficient. «Le climat actuel pourrait permettre des avancées», espère le Valaisan.

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