Un faux-pas judiciaire profite aux Abacha

Genève 35 millions débloqués à Nassau

La nouvelle a été glissée mercredi avec une certaine gêne et sans autre explication par le procureur Dario Zanni lors de l’ouverture avortée du procès genevois d’Abba Abacha, le cadet des fils du défunt dictateur nigérian Sani Abacha. Le séquestre pénal de quelque 35 millions de dollars, déposés sur le compte March Finance auprès de la Private Investment Bank à Nassau, a été levé le 3 mai dernier par la Cour d’appel des Bahamas et l’argent restitué à un ayant droit – dépeint comme fantoche durant toute la procédure – au nez et à la barbe des autorités judiciaires genevoises qui avaient sollicité ce blocage et surtout de la République fédérale du Nigeria, partie plaignante.

Des documents révèlent que le procureur de Nassau a demandé à plusieurs reprises des précisions à son collègue genevois (en l’occurrence le procureur Jean-Bernard Schmid, qui a occupé le terrain de ce dossier durant plusieurs mois) afin de maintenir ce blocage jusqu’à une éventuelle décision de confiscation des tribunaux suisses qui se fait attendre. L’insistance du titulaire du compte a finalement eu raison de la Cour d’appel.

«Contacts réguliers»

Après avoir pris connaissance des courriers versés mercredi au dossier, Me Enrico Monfrini, avocat du Nigeria, constate que «de graves dysfonctionnements au niveau du Ministère public genevois ont permis aux frères Abacha de se réapproprier ces fonds».

Contacté, le procureur Schmid balaie les critiques: «J’étais très régulièrement en contact avec mes collègues de Nassau afin de nous tenir au courant de l’avancement de nos procédures respectives. Dans le cadre de l’entraide, je n’avais aucun moyen d’agir là-bas, ni d’exercer une influence sur ce qui s’y passe.» Le plus choquant, ajoute le magistrat, «est de constater que les Bahamas n’ont pris aucune initiative dans cette affaire et n’ont ouvert aucune enquête propre sur ce compte». Un compte où ont transité plus de 1 milliard de dollars entre septembre 1999 et juin 2004, date du blocage. L’interminable dossier Abacha n’a pas fini de peser sur les nerfs de la justice genevoise.