«La municipalité constate, non sans stupeur, que la majeure partie des requérants d’asile problématiques ont été placés dans des pensions de la vieille ville, à proximité immédiate de la Piazza Grande, où se déroulent des manifestations d’importance nationale et internationale.» Dans une lettre envoyée à la mi-juillet au canton, la municipalité de Locarno exprime sa «grande préoccupation» et fait part du ras-le-bol des habitants confrontés quotidiennement, depuis quelques mois, à des actes de petite délinquance de la part des demandeurs d’asile.

Une cinquantaine de requérants sont logés dans deux pensions du centre historique, à même pas deux minutes à pied de la Piazza Grande, et la moitié d’entre eux environ créent des problèmes, confirme le commandant de la police de la ville de Locarno, Silvano Stern. «Nous intervenons en moyenne quatre à cinq fois par jour. Il y a des bagarres presque tous les soirs.» En général, les rixes ont lieu entre requérants, mais il arrive parfois qu’ils importunent et menacent les passants ou les policiers.

Ivres et agressifs

Problème numéro un: l’alcool, dont ils abusent et qui les rend agressifs, constate le commandant Stern. Récemment, un requérant a été interpellé en fin de matinée avec déjà 2,5 ‰ d’alcoolémie. Aux scènes de tapage nocturne et diurne s’ajoutent les vols à l’étalage et à la tire, et autres petits délits. Entre janvier et mi-juin de cette année, la police a enregistré 52 cas de vol et saccage, 32 bagarres, 11 cas de trouble de l’ordre public, 3 cas d’atteinte à l’intégrité physique et 2 cas de trafic de stupéfiants, selon un rapport datant du 4 juillet.

Les agents de Locarno ont arrêté 53 requérants, en ont dénoncé 17 et ont intercepté 24 individus recherchés au niveau national. «On dirait que la Tunisie a vidé ses prisons et que ces délinquants sont arrivés chez nous», commente, un peu sarcastique, le commandant Stern, en précisant que la plupart des requérants logés à Locarno sont maghrébins. Ils sont en attente d’une décision sur leur demande d’asile.

Silvano Stern ajoute: «Nous avons toujours accueilli des requérants à Locarno, mais dans le passé, ils étaient différents.» Même refrain donc qu’à Chiasso et Lugano, qui réclament comme Locarno de placer les demandeurs d’asile hors des centres-villes, et en particulier les cas problématiques. Du côté du canton, on se défend en argumentant qu’il n’est pas possible de savoir à l’avance quels requérants poseront problème.

Et que dit le président du Festival du film? «Notre préoccupation reste la même que par le passé. Toute grande manifestation attire la criminalité, mais nous avons mis en place un dispositif de sécurité très professionnel. Je ne crois pas que la question des demandeurs d’asile changera grand-chose à l’attention que nous portons au problème», répond Marco Solari. A partir du 1er août et pendant onze jours, plusieurs milliers de cinéphiles afflueront chaque soir sur la Piazza Grande. L’an passé, ce salon cinématographique en plein air a attiré au total 61 700 personnes (159 500 visiteurs pour tout le festival). C’est dire si la police et les agents de sécurité sont en alerte, avec ou sans requérants d’asile.