justice

Les locaux de Neuchâtel Xamax perquisitionnés à leur tour

Bulat Chagaev fait désormais face à deux enquêtes pénale. Le parquet genevois le soupçonne de blanchiment d’argent

Une plainte pénale, deux enquêtes ouvertes, à Neuchâtel et à Genève, et déjà deux perquisitions: la justice prend le cas Bulat Chagaev très au sérieux.

Selon nos informations, confirmées par le procureur général Pierre Aubert, le ministère public neuchâtelois a fait perquisitionner mardi les locaux du club de la Maladière. Le procureur a toutefois refusé d’en dire plus sur la nature des documents qui ont été saisis.

Dans le même temps, Pierre Aubert a reçu la plainte déposée par le créancier du club, Ralph Isenegger, contre Bulat Chagaev et Neuchâtel Xamax, pour faux dans les titres et tentative d’escroquerie. Il a dès lors ouvert à son tour une enquête pour ces motifs. Désormais en possession de l’attestation douteuse de la Bank of America produite par Bulat Chagaev (LT du 07.11.2011), le procureur annonce qu’il adressera une demande d’entraide judiciaire aux Etats-Unis pour déterminer s’il s’agit véritablement d’un faux, «à moins que Bulat Chagaev ne le reconnaisse de lui-même».

Lundi, le Parquet genevois avait déjà ouvert une procédure, «pour faux dans les titres, gestion déloyale et blanchiment», précise au Temps le procureur genevois Yves Bertossa. Des documents ont été saisis lors d’une première perquisition à Genève et sont en cours d’analyse. Si les soupçons de faux dans les titres découlent de l’authenticité douteuse du document, pourquoi soupçonne-t-on également Bulat Chagaev de gestion déloyale et de blanchiment? Refusant d’entrer en matière sur le fond du dossier, le procureur Jean-Bernard Schmid répond néanmoins par la règle générale: «Techniquement, le blanchiment implique une origine criminelle de fonds. Sur la base de ce qui a été dit et écrit autour de cette affaire, l’origine des fonds de l’intéressé n’est pas très claire. Apparemment, une série de banques aurait refusé cet argent. Ce qui permet de se demander si l’origine de ces fonds est licite.» D’où l’ouverture d’une enquête.

«Quant à la gestion déloyale, poursuit le magistrat, elle se réalise par exemple si vous videz une société de ses actifs.» Et Jean-Bernard Schmid de revenir à l’instruction en cours: «En l’espèce, des rumeurs et des informations circulent depuis longtemps. Monsieur Chagaev n’est pas un industriel classique et il a fait sa fortune dans un pays qui n’est pas réputé pour sa transparence. C’est dans l’intérêt de tous que la situation soit éclaircie: les enjeux sont importants. Je pense aux impôts, aux salaires, etc. Tout ceci mérite qu’on y regarde de plus près.»

Outre leurs motifs respectifs, les deux enquêtes diffèrent aussi par leur périmètre. La justice genevoise s’intéresse aux sociétés genevoises de l’homme d’affaires tchétchène, soit Dagmara Trading et les entités de la holding Envergure. La procédure neuchâteloise porte, elle, sur Bulat Chagaev en tant que propriétaire de Xamax. «La nôtre est plus ciblée, explique Pierre Aubert. Le fait que deux enquêtes se déroulent en parallèle permet d’investiguer sur les deux territoires cantonaux. Les deux enquêtes seront jointes à un moment donné, pour l’instant nous communiquons et nous nous rencontrerons pour convenir de la suite.»

Dans sa plainte pour faux dans les titres, Ralph Isenegger demande également à la justice de déterminer si la directrice de Xamax, Barbara Perriard, «a volontairement participé à ces faits». Risque-t-elle d’être inquiétée à son tour? «Si d’autres personnes ont intentionnellement participé à l’élaboration d’un faux document ou à son dépôt en justice, elles pourraient être inquiétées», répond le procureur neuchâtelois. «Mais attention, tempère-t-il. Il faudra encore tenir compte du fait qu’en tant qu’employée du club, il est certainement plus difficile pour Mme Perriard que pour la justice de relever l’utilisation d’un faux document.» Prendra-t-elle ses distances avec le club? L’intéressée était injoignable mardi pour répondre à cette question.

Perquisitionnés, sous le coup d’une plainte et de deux enquêtes, Bulat Chagaev et Neuchâtel Xamax se retrouvent en plus sans avocat, Me François Canonica ayant décidé de renoncer à son mandat, révélait mardi la TSR. Impossible pourtant de connaître les raisons précises de son retrait: le vice-bâtonnier genevois est lui aussi resté inatteignable.

Reste le protagoniste de cette affaire, Bulat Chagaev. Comment réagit-il à ces pressions judiciaires? Sera-t-il arrêté? Mardi soir, personne n’a pu nous dire précisément… où se trouvait l’homme d’affaires.

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