«Aucune! Je n'ai aucune explication rationnelle pour justifier le rejet de l'initiative «Oui à l'Europe!» au Locle et son acceptation à La Chaux-de-Fonds, analyse l'ancien conseiller d'Etat radical André Brandt, président du Club 44 à La Chaux-de-Fonds. Je suis surtout étonné du rejet du Locle.»

Villes frontalières jumelles des Montagnes neuchâteloises, La Chaux-de-Fonds et Le Locle, qui avaient adopté les bilatérales l'an passé à raison de 80%, ont donné un signal opposé dimanche: 57% des Loclois ont déposé un non dans l'urne, alors que 66% des Chaux-de-Fonniers ont dit oui à l'Europe, à l'instar des villes du canton du Jura (57,2% de oui à Delémont, 54,9% à Porrentruy et 54,1% à Saignelégier). Dans le Bas, la ville de Neuchâtel qui avait accepté les bilatérales à 81%, a repoussé l'initiative du bout des lèvres: 52,3% de non.

A l'instar d'André Brandt, personne n'explique de manière définitive la différence entre Le Locle et La Chaux-de-Fonds. Président chaux-de-fonnier, le socialiste Charles Augsburger émet des hypothèses: «L'optimisme de nos populations n'est-il pas le même? L'engagement militant a-t-il été plus intense à La Chaux-de-Fonds, avec des bancs sur le Pod, des tracts et une résolution adoptée à l'unanimité par les autorités exécutive et législative? Sommes-nous également parvenus à dissiper les craintes des personnes du troisième âge?»

Responsable de la rubrique des Montagnes à L'Impartial, Daniel Droz se contente lui aussi de suppositions: «L'unanimité des autorités en faveur de l'initiative a peut-être joué à La Chaux-de-Fonds, alors qu'il n'y a pas eu de prise de position au Locle, où les stigmates de la crise économique peuvent nourrir davantage de craintes.»

«Je ne crois pas que l'absence de prise de position officielle des autorités ait joué un rôle, corrige Denis de la Reussille, président popiste du Locle. Je vois une explication dans la composition sociale de nos villes: il y a davantage d'ouvriers au Locle et moins d'activités tertiaires. A l'instar d'une importante minorité du POP, certains craignent qu'on ait plus à perdre qu'à gagner en adhérant à l'Europe, même au plan social.»

Aussi nombreux, en proportion, au Locle qu'à La Chaux-de-Fonds, les frontaliers semblent mieux intégrés dans la métropole horlogère, alors que subsiste, au Locle, le sentiment qu'«ils prennent des places de travail aux Suisses».

«Les réflexes peuvent être différents au Locle, on l'a vu lors des élections communales», reprend Charles Augsburger, laissant entendre que les Loclois sont plus vite enclins à changer d'avis. En mai 2000, mécontents de la gestion socialiste, de nombreux électeurs de gauche avaient transféré leurs suffrages vers le POP.