Les employés de la CPT se pincent encore pour se convaincre qu'ils n'ont pas rêvé. Ils ont eu raison sur toute la ligne dans le conflit qui les a opposés pendant dix jours au bureau du comité central, l'organe qui prend les décisions politiques concernant la caisse maladie. Le président du conseil d'administration, Walter Brun, a démissionné, et l'ancienne équipe dirigeante a été réintégrée au complet (Le Temps du 26 août). Une demi-journée de grève, beaucoup de détermination et de solidarité ont mené à ce résultat étonnant.

Le revirement des membres du bureau a été soudain: mercredi ils étaient déterminés à remplacer les directeurs par des personnes fournies par la société d'audit et de conseil KPMG, et jeudi ils acceptaient le retour des «moutons noirs». Le conflit, qui concerne 300 000 assurés, aurait aussi bien pu s'enliser. «J'aurais aimé que la direction de l'OFAS s'inquiète un peu plus de l'avenir de la caisse, commente Marlyse Dormond, responsable de la filiale lausannoise de la CPT et candidate au Conseil national. J'ai l'impression qu'ils sont un peu timorés et qu'ils n'interviennent que quand il est trop tard, comme dans l'affaire Visana. Je dois dire que ça me touche particulièrement en tant que socialiste.» Marlyse Dormond s'interroge sur le pouvoir de l'OFAS et les limites de sa surveillance à l'égard des assurances. Elle souhaiterait que l'Etat, dans des situations aussi sérieuses, puisse réagir de façon plus ferme.

Fritz Britt, vice-directeur de l'OFAS, estime, de son côté, avoir pris les mesures adéquates: «Ce n'est pas à nous de sauver les assurances, par contre nous devons sauver les assurés. Nous avons suivi pas à pas le développement de la situation. Mardi, j'ai expliqué que les opérations devaient être rétablies dans un certain délai, faute de quoi nous devrions intervenir. Nous aurions pu par exemple nous adresser à une société de révision. Et demander aux employés d'assurer un service minimal.»

L'OFAS a bel et bien fixé un ultimatum à la CPT. «M. Britt nous a demandé de lui soumettre un plan avec des suggestions concrètes dans la semaine, faute de quoi il interviendrait», explique Marc Stucki de la KPMG. Selon lui, cette mise au point a certes joué un rôle, mais c'est avant tout la pression des assurés, pour lesquels il fallait reprendre le travail au plus vite, qui a été déterminante. Mais la KPMG a surtout fait réaliser aux membres du comité central qu'on ne pouvait changer une équipe de directeurs en un tour de passe-passe.