C’est un virage à 180 degrés. Longtemps opposées à l’introduction de nouveaux critères pour calculer la compensation des risques entre assureurs, les caisses maladies elles-mêmes réclament aujourd’hui des conditions supplémentaires. La compensation des risques, rappelons-le, est un instrument qui prévoit une redistribution des coûts entre les caisses selon l’état de santé de leurs assurés. Elle est censée réduire l’incitation, pour ces dernières, de pratiquer la chasse aux «bons risques».

Aujourd’hui, la compensation des risques tient uniquement compte de l’âge et du sexe des assurés. Dès 2012, selon la volonté du parlement, il sera également tenu du compte du «risque élevé de maladie» de l’assuré, réalisé en cas de séjour de plus de trois jours dans un hôpital ou un EMS au cours de l’année précédente. Vendredi, Santésuisse a réclamé, à l’instar de la commission compétente du Conseil National, l’introduction d’un critère supplémentaire dès 2014, mesuré sur la base de la consommation de médicaments des assurés.

En parallèle, les assureurs partent en guerre contre les subventions croisées, soit le financement de l’assurance de base par les bénéfices de l’assurance complémentaire, et la publicité agressive de certaines caisses. Quitte à fâcher certains assureurs. Car cette offensive est notamment destinée à mettre des bâtons dans les roues des caisses bons marché. Et à redorer, glissent les mauvaises langues, l’image des assureurs alors que le lancement d’une initiative en faveur d’une caisse unique se profile… Claude Ruey, le président de Santésuisse, répond aux questions du Temps.

Le Temps: Les assureurs ont longtemps combattu un affinement de la compensation des risques. Pourquoi ce changement d’attitude? Est-ce parce qu’un nouveau critère sera introduit en 2012? Claude Ruey: Non. La Hollande, où le système de santé est relativement libéral, connaît une compensation des risques plus développée que la nôtre. Elle permet d’éviter la chasse aux bons risques, contrairement à notre système actuel, qui ne le permet pas, notamment avec les malades chroniques. Un meilleur encadrement des malades chroniques dans le cadre d’un réseau de soins améliore la qualité et l’efficience, mais l’introduction d’un tel système doit être couplée à une meilleure compensation des risques pour fonctionner. Certaines caisses maladies pratiquent une sélection des risques, en proposant notamment une inscription sur internet pour attirer les jeunes. C’est une désolidarisation du système.

– Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de vouloir profiter de la concurrence du système sans en subir l’inconfort? – La concurrence doit se faire au niveau des prestations fournies par les prestataires, et non au niveau des primes.

– Vous voulez également interdire aux caisses d’utiliser les primes d’assurance de base pour faire du démarchage téléphonique. – Oui, on appuie les propositions du parlement dans ce sens, pour éviter une concurrence ruineuse entre assureurs sur les primes.

– Vous lancez, du coup, une offensive contre les caisses maladie bon marché… – L’idée n’est pas de tuer les caisses bon marché. Mais il est vrai que si ces dernières vivent de la sélection des risques, cela ne doit plus être le cas à l’avenir. Cela étant, nous ne visons pas toutes les caisses bon marché, car certaines d’entre elles sont des systèmes entrepreneuriaux intéressants.