L'Office fédéral des réfugiés (ODR) la tenait jusqu'à tout récemment secrète: la liste des pays dits «sûrs», censée être déterminante pour ce qui est d'accepter ou non d'entrer en matière sur des demandes d'asile, ne devait pas tomber en mains indiscrètes. Mais par souci de transparence, l'ODR vient de juger nécessaire de la rendre publique. En raison du débat qui fait rage autour de la révision de la loi sur l'asile, de celle sur les étrangers et de la nouvelle initiative sur l'asile que s'apprête à lancer l'UDC, se plaisent à dire certains. «Pas du tout», rétorque Dominique Boillat, porte-parole de l'ODR. Et d'évoquer la volonté de s'aligner sur les pays européens qui ont récemment décidé de rendre ce type de listes publiques (toutes ne sont toutefois pas élaborées selon les mêmes critères). Le Conseil fédéral a donné son feu vert à l'ODR dans sa séance du 25 juin.

Comprenant initialement les noms de neuf pays (l'Albanie, la Bulgarie, la Gambie, le Ghana, l'Inde, la Lituanie, la Mongolie, la Roumanie et le Sénégal), la liste en contient aujourd'hui 38. L'ODR n'entrera théoriquement plus en matière sur les demandes d'asile des ressortissants de ces 29 nouveaux pays également, à partir du 1er août. Les quinze pays de l'Union européenne (UE), les dix qui la rejoindront le 1er mai 2004 et ceux de l'AELE ont été rajoutés le 25 juin. Le Conseil fédéral a lors de cette même séance aussi accepté d'incorporer la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine à la liste. Beaucoup plus délicat. La décision est déjà contestée par l'Organisation d'aide suisse aux réfugiés (OSAR). «Que les choses soient claires: cette liste n'est pas définitive. Nous pouvons procéder à des exceptions», tente de rassurer Dominique Boillat. Contrairement à ce qu'exige l'UDC, les ressortissants des pays dits «sûrs» – pour l'ODR, il s'agit surtout de pays desquels proviennent de nombreuses demandes et qui respectent les droits de l'homme – ne seront par exemple pas automatiquement renvoyés chez eux. Si une Ghanéenne contrainte à se prostituer dans son pays par son mari dépose une demande en Suisse, Berne ne pourra décemment pas la renvoyer dans son pays sous le seul prétexte qu'il est considéré comme «sûr». La femme pourrait au contraire bénéficier d'une admission provisoire.

Aussitôt la liste connue, l'ambassade des Etats-Unis à Berne a réagi, ne comprenant pas pourquoi le pays de l'Oncle Sam ne figurait pas sur la liste. Réponse de l'ODR: «Les Américains ne déposent quasiment jamais de demandes, il n'y a donc pas lieu de citer le pays. La France, dans le même cas, y est simplement parce que nous avons décidé de regrouper les membres et futurs adhérents de l'UE en un seul bloc.» En procédant ainsi, la Suisse cherche en fait surtout à se prémunir de vagues de demandes, de Roms notamment, qui pourraient émaner des futurs pays adhérents.