FRIBOURG

L'officier militant qui veut réformer les Verts fribourgeois

Estimant que «l'écologie n'est ni de gauche ni de droite», Christophe Perron est candidat au Conseil national. L'homme est officier à l'armée, patriote, et «non dogmatique».

Il est un peu mal à l'aise, explique qu'il ne souhaite pas se mettre en avant. «Je déteste ça», lâche-t-il. Ces prochains mois, Christophe Perron devra pourtant forcer sa nature. Candidat écologiste au Conseil national, ce Fribourgeois de 33 ans ne pourra pas mener campagne chez lui, derrière son ordinateur. Pas uniquement.

Atermoiements de façade? Fausse modestie? Le jeune politicien affiche en tout cas une vraie prudence lorsqu'on l'engage à faire état de ses convictions. Et pour cause. Entré en politique en mars dernier seulement, il a créé l'émoi, la semaine passée, lors de l'assemblée générale des Verts fribourgeois.

Officier à l'armée «et fier de l'être», patriote convaincu, déclarant «ne pas être dogmatique» et surtout que «l'écologie n'est ni de gauche ni de droite», Christophe Perron a été le catalyseur d'un exercice d'introspection collective qui a vu le parti réfléchir à ses racines. Au terme d'un débat houleux, sa candidature à la Chambre basse a finalement été adoubée par ses coreligionnaires, à 18 voix contre 10. Un signe que les Verts fribourgeois, perçus comme d'irréductibles fondamentalistes, sont en train de «sortir des schémas rigides du passé», pour reprendre les termes de l'un d'entre eux.

Baptême du feu

Ce baptême du feu agité l'a visiblement marqué. Le candidat pèse désormais chacun de ses mots, explicite le fond de sa pensée jusque dans les détails infimes. Il ne veut pas (ou plus) brusquer les membres de sa formation qui se méfient de lui.

Son discours rompt, il est vrai, avec le langage habituellement en usage chez les écologistes. Juriste, titulaire d'un master en philosophie politique, ce fils de psychiatre affirme ainsi que si «l'ennemi standard des Verts, c'est l'UDC, sur certains points, ce parti fait une analyse correcte de la situation». Et de citer la problématique de l'immigration: «Il serait faux de nier que l'arrivée massive d'étrangers en Suisse pose des problèmes. Je comprends que cela puisse troubler une partie de la population. Il faut analyser la situation, et trouver les solutions qu'elle nécessite. Ne vous méprenez pas: je suis favorable à une société cosmopolite. Simplement, il faut y arriver tranquillement; ça prend du temps de régler ce genre de questions.»

Le cheval de bataille de Christophe Perron, toutefois, est plus conforme aux combats traditionnels des Verts, puisqu'il s'agit du réchauffement climatique. Le thème s'est imposé à lui après une longue cogitation. Très intellectuel, il propose une «vision politique évolutionniste du monde, basée sur des arguments scientifiques modernes».

Une terre fiévreuse

Et de souhaiter en débattre avec les autres partis, afin de résoudre les problèmes actuels de la société. «Quand on est malade, le corps a de la fièvre. Et bien, c'est le cas de notre planète. Nous devons la soigner», avance-t-il.

Son remède se veut au-dessus des clivages gauche-droite, Etat contre liberté individuelle, taxes contre incitations. «Toute action de l'homme a un impact sur l'environnement. Il faut imaginer un plan de lutte qui promeut l'innovation. En développant de nouvelles technologies énergétiques, dans la construction, etc., nous pouvons réduire nos nuisances, tout en faisant tourner l'économie à plein régime», affirme-t-il. Puis, idéaliste: «Il faut simplement une vision politique, qui n'existe pas actuellement. Je souhaite que la Suisse soit le premier pays du monde à réussir le passage dans l'écologie politique et à entrer dans le XXIe siècle», s'enthousiasme-t-il.

La pensée des stratosphères

Le plaidoyer est passionné, mais pour toucher les foules, Christophe Perron devra être capable de quitter la stratosphère où le mène parfois son raisonnement. Saura-t-il parler aux citoyens dans leur réalité quotidienne?

L'homme a en tout cas une certaine habitude du terrain. Officier de milice, il a commandé pendant plusieurs années une unité de brigadiers de char et a été engagé au Kosovo, avec la Swisscoy. Il revendique avec fierté cette facette de sa personnalité: «Mon grand-père maternel a servi dans l'armée anglaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Enfant, j'étais fasciné par une photo de lui en uniforme. Cela avait un côté romantique», note-t-il.

De mère en fils

Estimant que l'armée est le «dernier instrument d'intégration socio-politique qui existe en Suisse», il précise que le terme «service» est pour lui plus important que «militaire». Et de regretter amèrement certaines «bêtises de soldats», comme un gaspillage éhonté de munition avec ses troupes dans le Jura en 2002. Avant sa prise de conscience écologique...

Iconoclaste, Christophe Perron symbolise à merveille le renouveau qui point chez les Verts fribourgeois. Il reprend également le flambeau porté par sa mère, Lesley Perron, dans les années 1980, lorsqu'elle se battait pour imposer le tri du compost dans sa commune de Marly. Membre originel du Parti écologiste cantonal, de sensibilité de droite, elle l'avait quitté par la suite, jugeant qu'il était devenu trop doctrinaire. L'avènement de son fils pourrait marquer le début d'un nouvel équilibre.

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