Enseignement

L’offre pour l’enfant surdoué commence à s’étendre

La première école romande pour les enfants à haut potentiel fête ses vingt ans. Depuis, l’enseignement public a amorcé la prise en charge de ces élèves

Quel ne fut pas l’étonnement amusé de Francesca Rubichon, directrice de l’école privée La Garanderie, à Lausanne, lorsqu’un élève est venu la trouver la semaine dernière, au lendemain de la rentrée, pour lui dire: «Voilà, je vous ai fait une liste de choses à améliorer par rapport à l’année écoulée. Typiquement, le manque de savon dans les toilettes, ça ne va pas. L’élagage des arbres tel que vous l’avez fait, non plus.»

Il arrive de temps en temps que les élèves déposent une pétition sur son bureau pour demander de changer tel ou tel aspect de l’enseignement. Et si, dans le public, ces comportements seraient difficilement tolérés, ici, ils sont bienvenus.

«Rarement un bon élève»

L’enfant à haut potentiel (HP) est accueilli dans sa complexité à l’école La Garanderie moyennant un écolage annuel allant de 15 000 à 19 000 francs. «Un enfant HP n’est pas forcément, voire rarement, un bon élève. Il a une capacité de raisonnement, de mémorisation, d’invention, d’émotion plus grande que la normale», explique Francesca Rubichon, affairée à préparer la fête des 20 ans de son école ce samedi.

«Mais ce sont surtout des enfants qui sont bombardés d’émotions. Ils se posent beaucoup de questions, et l’intelligence fabriquant de l’anxiété, ils pensent à des choses qui les inquiètent et les préoccupent: la mort, les relations entre les gens, l’avenir du monde. Ils sont dans l’hyper-empathie et ont tendance à ressentir tout ce que ressentent les autres.»

«Apprendre à apprendre»

L’école, fondée sur les préceptes du pédagogue français Antoine de La Garanderie, compte 80 élèves (14 par classe au maximum) pour une quinzaine de professeurs. Tous ont été formés à sa méthodologie.

«Je ne veux pas que mes enseignants soient des psys, mais des profs emphatiques, relève la directrice. Nous diagnostiquons le profil cognitif de l’élève, puis nous l’aidons à apprendre. Cela passe d’abord par l’attention, puis la mémorisation ou la compréhension, pour arriver à l’imagination et à la réflexion.»

L’enfant HP a une intelligence en arborescence, il fait des liens et, vite, sa pensée peut l’amener très loin. S’il n’est pas stimulé ou nourri intellectuellement, il décroche, devient parfois provocateur.

Redonner confiance

«Nous accueillons beaucoup d’enfants qui, même très jeunes, sont détruits. Beaucoup passent par un séjour à l’hôpital, presque tous sont suivis par des pédopsychiatres. Notre but est de les accueillir, de leur redonner confiance en eux et en leur potentiel, de leur apprendre la gestion mentale, puis nous sommes heureux qu’ils regagnent l’école publique lorsqu’ils se sentent mieux.»

C’est parfois l’école publique qui, discrètement, envoie des élèves à Francesca Rubichon.

Depuis que La Garanderie a ouvert ses portes, quatre écoles privées concurrentes ont vu le jour en Suisse romande. Dans l’enseignement public, le choix appartient aux différents collèges d’offrir ou non des programmes pour enfants HP.

Programmes pour enfants HP

Dominique Vallat est doyenne de l’Etablissement primaire et secondaire des Bergières à Lausanne. Depuis trois ans, son école propose des ateliers littéraires, mathématiques, créatifs et artistiques pour les enfants à haut potentiel intellectuel, tous âges confondus.

De plus, un soutien individuel avec un tuteur leur est offert. La sensibilité aux élèves HP dans l’enseignement public a commencé à naître il y a cinq ans environ. Divers cantons ont émis des directives et des formations ont été proposées aux enseignants.

«Nos élèves HP ont l’occasion d’échanger avec d’autres élèves qui ont les mêmes caractéristiques dans le cadre des ateliers, et suivent par ailleurs le programme normal avec leur classe», explique Dominique Vallat.

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