Avec la question du logement, le Parti socialiste a-t-il enfin trouvé son vrai thème électoral? En dix ans, le loyer type dans une grande ville suisse, à Zurich, Genève ou Lausanne, a augmenté en moyenne de 60%; le coût d’une copropriété, de 80%. La pénurie de logement et la flambée des loyers touchent directement les classes moyennes et populaires.

En pleine année d’élections fédérales, le Parti socialiste veut donc lancer une offensive générale sur cette question et provoquer un débat national. Il lui faudra faire la preuve auprès des électeurs qu’il a des solutions crédibles sur un sujet qui, malgré sa gravité, ne figure toujours pas dans le baromètre des préoccupations des Suisses.

Initiative cantonale à Zurich pour des zones d’habitation abordables, grande interview du président du PS, Christian Levrat, il y a quelques semaines et finalement interpellation urgente déposée au Conseil national: en ce début d’année, le PS multiplie les interventions sur la question du logement. Lundi, il lançait à Berne une véritable offensive «pour des logements abordables» et contre «un apartheid social» qui exclut les bas et moyens revenus de certaines zones urbaines.

A Genève et Zurich, le taux de vacance des appartements est d’environ 0,2% alors que, selon les spécialistes il faudrait au moins 2% pour assurer un équilibre du marché. A Genève, a rappelé la maire de la Ville, Sandrine Salerno, il se construit chaque année 1400 logements, alors qu’il en faudrait au moins 2500 pour faire face à l’arrivée de quelque 4500 nouveaux résidents. L’accroissement de la population dû à la libre circulation des personnes et l’immigration d’une main-d’œuvre hautement qualifiée ont entraîné une augmentation supplémentaire de la demande, admet le PS. Qui pourtant, contrairement à l’UDC, n’en accuse pas les accords avec l’Europe. Par contre, le PS, comme il l’a fait pour la protection des emplois, demande depuis des années des mesures d’accompagnement. En vain jusqu’ici, puisqu’en novembre encore, le Conseil national a refusé un débat urgent sur la question.

Le problème, pour le PS, c’est que les mesures à mettre en œuvre sont souvent de la compétence des communes, voire des cantons, plus rarement de la Confédération. Plutôt qu’un encouragement direct aux investisseurs et promoteurs immobiliers tentés par le logement social, la gauche souhaite davantage de mesures de contrôle des loyers, de protection des locataires contre les congés abusifs et de taxation des plus-values pour éviter la spéculation.

Les socialistes souhaitent ainsi que les collectivités publiques acquièrent plus massivement des espaces disponibles, que les régies comme les CFF ou La Poste offrent d’abord leurs terrains inutilisés aux communes. Ils veulent aussi obliger les caisses de pension à appliquer des stratégies de placement impliquant du logement à loyer modéré plutôt que dans des fonds immobiliers spéculatifs.

Le PS a raison de se positionner sur le thème du logement, juge le géosociologue zurichois Michael Hermann. La crise du secteur touche d’abord sa clientèle électorale, la classe moyenne, les habitants des villes, les jeunes familles. Si le problème est bien réel, aucun parti ne l’a jusqu’ici vraiment thématisé. Cela lui permet d’éviter d’emboîter le pas à l’UDC sur la thématique des étrangers ou de la sécurité et lui offre l’avantage de se présenter en défenseur des locataires et petits propriétaires.

La difficulté est de parvenir à «politiser» et à mobiliser sur un thème qui ne figure pas au rang des premières préoccupations des Suisses, davantage inquiets de l’insécurité, du chômage et des coûts de la santé, selon le baromètre électoral de l’institut bernois gfs.berne ou celui de Credit Suisse.

«Le parti doit aussi être crédible et présenter des solutions nouvelles et plausibles, rapidement applicables. Il faut une idée forte», ajoute le politologue Pascal Sciarini. Crédible sur les questions sociales, la gauche ne fait pas le poids sur les problèmes économiques. Les solutions du PS sont peu identifiables. La question sera de savoir si la crise du logement se réglera par une politique sociale, un renforcement de la main publique sur le marché, ou un essor de la construction par une politique économique adéquate. Pour Pascal Sciarini, «la stratégie du PS est loin d’être garante du succès».

Au lieu d’encourager les investisseurs tentés par le logement social, la gauche veut plus de contrôles des loyers