«Un nouveau pacte pour la Praille»

Genève Antonio Hodgers veut changer les règles du jeu

50% de logements sociaux, plutôt que deux tiers, pour financer le quartier

Le canton de Genève révèle ce jeudi les résultats du concours d’architecture pour le nouveau quartier des Vernets, première grande pièce du puzzle qu’est le projet Praille-Acacias-Vernets (PAV). Le plan directeur de cette zone de 230 hectares est par ailleurs mis en consultation publique, après une longue gestation. Comment le conseiller d’Etat Antonio Hodgers, nouveau responsable de l’Aménagement et du Logement, a-t-il empoigné ce dossier stratégique? Pour construire ce «nouveau centre-ville», l’écologiste propose une modification des règles du jeu.

Le Temps: A peine êtes-vous arrivé à la tête de ce département que la directrice du projet démissionne. Un rapport de cause à effet?

Antonio Hodgers: Absolument pas. Ce sont des choix personnels qui ont poussé Nathalie Luyet à quitter le projet. Il n’y a pas de lien entre son départ et le fait que le projet n’avancerait pas, au contraire. Le PAV se trouve à une étape charnière, nous dessinons aujourd’hui l’ossature d’un nouveau quartier destiné aux générations futures. On a trop donné l’impression que le PAV c’était demain.

– Dans quel état avez-vous trouvé ce dossier?

– Nous étions embourbés.

– C’est-à-dire?

– Il y a eu une erreur politique. Celle d’avoir procédé aux modifications de zones avant d’avoir eu en main un plan directeur de quartier. Les communes ont été refroidies par la méthode, le manque de collaboration. Pour prendre une image, la carrosserie est belle, certes, mais sans roues et sans moteur, la voiture n’avance pas. D’autres incertitudes, comme celle du financement des équipements publics, ont pesé sur l’avancée du projet.

– Votre prédécesseur, le PLR François Longchamp, souhaitait renégocier la proportion de logements d’utilité publique (LUP) pour assurer un financement aux opérations immobilières. Est-ce aussi votre ligne?

– J’entends favoriser la mixité sociale. La loi prévoyait deux tiers de LUP. Je propose de ramener ce taux à 50%. Mais en contrepartie, je veux augmenter le ratio entre le nombre de logements et d’emplois. Soit deux logements pour un emploi, au lieu d’un seul. Au total, le nombre de logements bon marché créé devrait être à peine inférieur à ce qui était prévu. Je m’engage à compenser ces logements sociaux en dehors du PAV. Je ne veux pas recréerdes ghettos comme dans les années 70.

– Vous n’êtes donc pas opposé à la présence de propriétés par étages sur les terrains de l’Etat, pourtant exclue jusqu’ici?

– Je n’y suis pas fermé, sachant que l’Etat restera propriétaire des terrains. Nous garderons un contrôle sur les prix. Et il y aura aussi des logements à loyer plafonné.

– C’est un vrai changement des règles du jeu. Comment allez-vous le concrétiser et êtes-vous prêt à affronter l’Asloca?

– Le fait qu’il faille construire plus de logements est largement admis. Perdre un peu de LUP, cela peut soulever des interrogations, évidemment. Je crois que tous les acteurs peuvent se retrouver dans le projet de loi que nous allons déposer. Cela permettra de résoudre le problème: avec la répartition d’origine, les plans financiers ne tournent pas.

– La mixité sociale, c’est surtout un moyen d’assurer le financement des opérations immobilières, non?

– Nos experts en économie territoriale nous disent que les plans financiers ne sont pas viables. Nous avons un besoin fort de financement dans les premières années, qui s’atténue par la suite. Pour les investisseurs, leur intérêt est évident, ils font la queue! Genève est la seule capitale européenne qui offre une telle poche de développement tout à côté de l’hyper-centre. Pour un investisseur qui fait du logement social à Genève, non seulement le risque lié à l’occupation est pratiquement zéro, mais nous négocions en plus un rendement qui peut aller jusqu’à 6% sur les opérations. En améliorant la mixité, on augmente aussi les recettes fiscales pour les communes. C’est ce qui permet de financer les infrastructures publiques.

– 1600 sociétés au bénéfice de droit de superficie qui durent pour certains jusqu’en 2050 sont installées sur le site. Combien coûte leur relogement, qui semble plus complexe que prévu?

– C’est une négociation au cas par cas, basée sur un prix moyen de 1200 à 1500 francs par mètre carré pour le déménagement. Cela n’intègre pas la décontamination éventuelle et le rééquipement. Il aurait été possible de constituer, avec la plus-value créée par le déclassement des terrains (l’Etat en possède 85%), un fonds permettant de développer le PAV. Malheureusement, cela n’a pas été fait et ces 400 millions ont été utilisés pour le compte courant de l’Etat. C’est ce que je veux éviter pour les prochains grands projets.

– L’Etat aura-t-il les moyens de financer seul toutes les infrastructures publiques?

– Cela fera l’objet d’une convention en discussion. Il y a une répartition classique entre ce qui est cantonal (mobilité) et communal (crèches, écoles). La négociation portera sur les infrastructures intermédiaires, comme le pôle culturel imaginé à l’Etoile, et le grand parc du PAV, qui me tient spécialement à cœur et comprend la remise à ciel ouvert de la Drize.

– Les tours évoquées lors du lancement du projet – on parlait entre autres d’une de 175 mètres de hauteur – sont-elles toujours d’actualité?

– Le PAV sera un nouveau centre-ville, en contrepoint à la Vieille-Ville protestante et classée. Il y aura des éléments de verticalité, mais à certains endroits seulement. L’indice de densité de 6 prévu à l’Etoile implique du reste des constructions en hauteur. D’autres endroits seront très classiques. Cette année, nous calons le PAV dans sa vision d’ensemble. A partir de là, on va le découper en morceaux, de manière à ce que chaque quartier puisse «vivre sa vie».