Genève

Logements de standing cherchent locataires

Maussade, la conjoncture fait baisser la demande et les prix des appartements haut de gamme. Une détente qui ne profite pas au commun des mortels

Vous avez de gros moyens et vous cherchez à louer un logement haut de gamme à Genève? Vous avez l’embarras du choix et les prix baissent. Sur les portails immobiliers, on ne compte plus le nombre d’appartements de standing proposés à la location. Duplex de 6 pièces en attique à Carouge pour 4100 francs, 5 pièces d’exception à Saint-Gervais pour 6900 francs, 7,5 pièces au quai Wilson pour 15 000 francs: dès 4000 francs par mois et jusqu’aux plus improbables loyers à 5 chiffres, les offres se bousculent. «C’est la tendance depuis six mois, confirme Béatrice Grange, administratrice de la régie du même nom et vice-présidente de la section genevoise de l’Union suisse des professionnels de l’immobilier. A partir de 3500 francs, on commence à avoir de la peine à trouver rapidement un locataire. Du coup, nous baissons facilement le loyer de 20% quand nous récupérons un bien haut de gamme.»

Derrière cette détente de niche, un phénomène: la conjoncture maussade. Plusieurs indicateurs l’attestent. Le solde migratoire, d’abord, est au plus bas. En 2011, la statistique cantonale ne dénombre que 1167 nouveaux arrivants, contre plus de 4500 en 2010. La variation totale de la population du canton est ainsi à peine positive (+ 0,6%), alors qu’elle s’inscrivait à +1,4% en 2010.

Moins abstraites, les récentes vagues de licenciements et de suppressions de postes – fracassantes chez Merck Serono avec 500 postes supprimés et 750 postes transférés; discrètes mais régulières dans le secteur financier; attendues dans des multinationales – dans des secteurs à haute valeur ajoutée contribuent à réduire la demande dans les segments supérieurs du marché.

Enfin, «le franc fort change la donne, confie François Schaller, responsable du service logement et information au Centre d’accueil de la Genève internationale. Les budgets des multinationales ont été revus à la baisse. Leur demande a baissé pour les biens de standing. On le remarque en voyant nombre d’offres afficher un nouveau prix, moins élevé.»

Problème: loin de bénéficier de cette détente, le gros du marché pourrait en pâtir. «Le mauvais côté de la médaille, c’est qu’en cherchant des appartements moins chers, à 3000 ou 3500 francs, les internationaux entrent davantage en concurrence avec les Genevois», poursuit François Schaller.

Des Genevois pour qui les nouvelles sont déjà mauvaises. Avec un taux de vacance de 0,25% (environ 500 appartements) et des loyers qui augmentent de 20,6% en moyenne à chaque changement de locataire, difficile d’échapper aux coups de massue. Selon les chiffres publiés mercredi par l’Office cantonal de la statistique, les loyers ont grimpé de 2% en moyenne entre mai 2011 et mai 2012, contre une hausse de 1,5% une année plus tôt.

Pourtant, estime Léonard Vernet, associé de la régie Moser Vernet, «le marché locatif se détend toujours par les extrêmes. Cela commence avec le luxe d’un côté et les petits studios de l’autre, avec un effet domino vers le moyen de gamme.» L’effet domino prendra toutefois du temps. Et pour qu’il déploie ses effets, il faudrait que l’offre globale augmente ou que la demande se tarisse. Côté demande, malgré le fléchissement de la croissance démographique, celle-ci reste positive. «Nous sommes dans une situation conjoncturelle particulière qui explique la baisse du solde migratoire, estime le président de la Chambre genevoise immobilière, Etienne Nagy. A long terme, il faudrait construire 2500 logements par année pour absorber une croissance démographique telle que nous l’avons connue ces dernières années.»

Après une année 2011 calamiteuse – seuls 1020 logements neufs ont été construits –, les 3844 logements actuellement en chantier apporteront-ils à l’offre la bouffée d’oxygène espérée, en arrivant sur le marché entre fin 2012 et 2014? «Cela fait plus de dix ans que l’on construit entre 1000 et 1500 logements par an alors que la population augmente de 4000 à 5000 personnes…» répond Léonard Vernet. En clair, ces nouveaux logements sont bienvenus, mais ils ne résoudront pas tout.

Malgré des signaux positifs – comme le oui des Genevois au déclassement des Cherpines, avec la perspective de 3000 nouveaux logements – et sous réserve d’un choc économique majeur, la route est longue avant que les conditions de logement ne s’améliorent pour tous. «La vraie problématique est celle d’une communauté humaine qui n’arrive pas à loger ses propres enfants, conclut le conseiller d’Etat François Longchamp (PLR), en charge du Social, de l’emploi et, par intérim, des constructions. Notre responsabilité, c’est de s’assurer que ce qui sera construit leur est destiné.» Une touche d’optimisme est-elle autorisée? «Je remarque qu’il y a une prise de conscience, répond le magistrat. Mais cela supposera des sacrifices dans les zones de développement, c’est-à-dire les villes et les communes suburbaines.»

«Le marché locatif se détend toujours par les extrêmes, avec un effet domino vers le moyen de gamme»

Publicité