Bilan

La loi anti-burqa n’a pas chassé les touristes

Les craintes se sont révélées infondées. Malgré l’interdiction de se dissimuler le visage entrée en vigeur depuis le début juillet, les responsables du tourisme et les commerçants du canton sont unanimes: la loi n’a pas fait fuir les touristes du Golfe, au contraire

Après un mois et dix-huit jours d’application de la loi «anti-burqa» au Tessin, le premier bilan devrait rassurer les responsables du tourisme zurichois préoccupés par les récentes déclarations du conseiller d’Etat socialiste Mario Fehr à la Neue Zürcher Zeitung. La semaine dernière, il a provoqué les pires craintes de Zurich Tourisme et la fureur d’une partie de son camp en déclarant: «L’interdiction de la burqa prononcée au Tessin est intéressante. Elle transmet un message aux étrangers: ceux-ci sont les bienvenus, mais dans ce canton ou ce pays, le visage doit être montré».

«Aucune baisse du nombre de visiteurs arabes»

Au Tessin aussi, avant l’entrée en vigueur de la loi interdisant de se dissimuler le visage, les milieux touristiques étaient inquiets. Mais la crainte des retombées négatives s’est révélée infondée: «En juin dernier, juste avant l’introduction de la nouvelle loi, j’étais pessimiste. Mais heureusement, j’ai eu tort», admet Massimo Suter, président de la section tessinoise de l’association d’hôteliers et restaurateurs GastroSuisse.

A ce sujet: Au Tessin, la loi «anti-burqa» entrera en vigueur comme prévu

Interrogé mercredi par Le Temps, Massimo Suter précise: «Pour l’heure, les chiffres n’indiquent aucune baisse du nombre des visiteurs arabes au Tessin et en particulier à Lugano, où ils sont de plus en plus nombreux. De deux choses l’une: soit l’interdiction ne pose aucun problème aux visiteuses qui acceptent de s’y soumettre, soit les touristes musulmanes qui arrivent ici n’ont pas l’habitude d’endosser burqa ou niqab.»

Le président de GastroTicino estime aussi que «l’information sur la nouvelle loi a passé: nous avons su sensibiliser ceux qui pouvaient être concernés par l’interdiction. Jusqu’à maintenant les quelques touristes voilées interceptées à Lugano ont toutes accepté sans peine de se découvrir.»

Quatre amendes seulement

En fait, jusqu’à ce jour, seules quatre amendes ont été infligées dans l’ensemble du canton dont deux pour la provocation mise en scène à Locarno le 1er juillet, date de l’entrée en vigueur du décret, par la Suissesse convertie à l’Islam Nora Illy et l’homme d’affaires algérien Rachid Nekkaz.

Pour instigation à la violation de la loi, Rachid Nekkaz a payé 230 francs. De son côté, Nora Illy a d’emblée annoncé qu’elle recourrait jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme. Les contraventions peuvent osciller entre 100 et 10 000 francs selon la gravité des cas (récidive, entrave, comportement, etc.) et ne sont appliquées qu’en cas de refus de se dévoiler.

Le chiffre d’affaires des commerçants de Via Nassa, l’artère chic de Lugano où les voyageurs venus des pays du Golfe font leur shopping, n’a pas non plus connu de baisse: «Cet été, Lugano est prise d’assaut par les touristes arrivés en grand nombre après le Championnat mondial des motos nautiques organisé début juin au Tessin par les Emirats arabes unis», explique Mario Tamborini, le président de l’Association des commerçants de cette rue. «L’événement a eu de grandes retombées publicitaires à Dubaï aussi, d’où la télévision nationale a transmis en direct et a diffusé un documentaire sur la région.»

En collaboration avec la police communale, Lugano Turismo et Hôtellerie Suisse, l’Association Via Nassa a publié des papillons rédigés en anglais et arabes; ils ont été remis par la police aux éventuelles musulmanes voilées invitées à respecter la loi.

Récolte de signature en cours

Pour Lorenzo Pianezzi, président de la section tessinoise d’Hôtellerie Suisse, «les touristes arabes sont très respectueux de nos lois et se gardent bien de les enfreindre. Il est encore trop tôt pour tirer un bilan de la saison 2016, mais nous pouvons déjà constater que le nombre des hôtes venus des pays du Golfe n’a pas diminué, bien au contraire. Et même avant l’introduction de la loi «anti-burqa» les femmes entièrement voilées étaient très rares ici.»

En Suisse l’interdiction du voile intégral est évoquée depuis plusieurs années. Prenant comme modèle l’article constitutionnel tessinois, le Comité d’Egerkingen, dont fait partie le conseiller d’Etat valaisan UDC Oskar Freysinger, a lancé une initiative populaire fédérale. Elle prône une interdiction de se dissimuler le visage dans l’espace public; la récolte de signature est en cours. «Elle connaît un grand succès», lance Giorgio Ghiringhelli, auteur de l’initiative déposée en septembre 2013 qui a débouché sur la nouvelle loi tessinoise.

«J’approuve entièrement cette loi, quiconque arrive ici doit s’adapter au mode de vie, c’est une question de simple respect», lance Nurkan Illic, 47 ans, Turque et musulmane laïque, vivant au Tessin depuis l’âge de 16 ans. «En revanche, la radicalisation de mon pays natal me préoccupe, je n’y mets plus les pieds depuis deux ans, trop de femmes sont désormais recouvertes de la tête aux pieds comme en Iran et cela m’angoisse…»


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