Au terme d’un long suspense, la loi sur le CO2 est finalement rejetée de justesse, par 51% des votants. C’est une surprise dans la mesure où tous les partis à l’exception de l’UDC soutenaient cette réforme écologique destinée à concrétiser les engagements pris par la Suisse dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat. Cet objet de votation semblait bénéficier d’un large soutien politique et populaire.

Un triomphe des régions rurales

La réalité est finalement différente, et ce sont assurément les régions rurales qui l’ont fait basculer du côté du non. Les taxes prévues les auraient touchées davantage dans la mesure où ces régions sont moins bien desservies par les transports publics. S’ajoute à cela un retournement du monde paysan, qui s’était montré prêt à soutenir la loi sur le CO2 si les initiatives anti-pesticides étaient combattues et rejetées. Il a en bonne partie glissé un triple non dans les urnes, sans doute lassé par les attaques menées par le camp écologiste contre l’usage de pesticides, que les paysans sont nombreux à avoir ressenties comme étant dirigées contre leur travail.

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Il faudra maintenant remettre l’ouvrage sur le métier, puisque la Suisse doit tenir les engagements pris à Paris. Mais il faudra évidemment tenir compte de ce non. De fait, le refus est plus le résultat d’une opposition de droite aux taxes et aux coûts supplémentaires qu’elles entraînent, qu’une opposition verte menée par celles et ceux qui estiment que la Suisse agit trop lentement.


Réactions des perdants: «les vainqueurs auront à rendre des comptes»

Il faut poursuivre le chemin pour que la Suisse tienne ses engagements dans le cadre de l’Accord de Paris, estiment plusieurs organisations qui soutenaient la loi. Economiesuisse demande que «le Parlement remette rapidement l’ouvrage sur le métier», tandis que le WWF appelle à la formation d’une «coalition volontaire».

Les arguments des coûts des ménages et des interdictions concernant notamment les chauffages à mazout et à gaz ont à l’évidence pesé dans la balance, constate avec regret Cristina Gaggini, directrice romande d’economiesuisse, qui faisait partie du comité économique en faveur de la loi. De son côté, le WWF, qui faisait partie du comité pour le oui, avance que «les vainqueurs de la votation d’aujourd’hui auront à rendre des comptes demain». L’organisation indique qu’elle va s’engager pour que des mesures soient prises dans différents secteurs, comme la place financière, le trafic aérien ou l’agriculture. Elle évoque aussi l’élaboration d’un «plan d’urgence pour lutter contre la crise climatique». La large alliance qui soutenait la loi «constitue une base solide pour former une coalition volontaire associant une grande partie de la population».

Les Verts et le PS ont eux désormais la place financière suisse dans le viseur. A l’avenir, aucun profit lié à la destruction de l’environnement ne devrait être fait, ont indiqué le président des Verts, Balthasar Glättli, et la coprésidente du PS, Mattea Meyer, sur Blick TV. Le secteur financier est «la principale cause de la crise climatique», selon Mattea Meyer, qui s’est dite extrêmement déçue du résultat du vote. Il doit y avoir des interdictions à l’avenir, a-t-elle encore avancé, ajoutant que le secteur financier ne pouvait pas être autorisé à faire des profits en détruisant la forêt tropicale ou en cherchant du pétrole dans des endroits improbables. Mattea Meyer espère que le PLR et le Centre offriront leur soutien contre «les solutions financières qui détruisent la planète».

«Le PLR n’a pas convaincu ses électeurs»

Pour la présidente du PLR, Petra Gössi, l’objectif climatique de la Suisse s’éloigne. Selon elle, ce résultat a clairement montré qu’une loi consistant uniquement en des «mesures de pilotage sans compensation» n’est pas acceptée par la population. Sur Blick TV, Petra Gössi, dont le parti avait annoncé un tournant vers plus d’écologie et défendait le oui, s’est dite déçue. Pour elle, ce projet de compromis élaboré avec les partis bourgeois est probablement allé trop loin pour la population. Les Verts et la gauche devront probablement faire plus de concessions au centre à l’avenir. La prochaine fois que la question se posera, il ne faudra en outre pas «surcharger la barque» de cette manière.