Les grévistes du climat sont de retour à Berne. Vendredi après-midi, sous la pluie, ils étaient plus de mille sur l’Helvetiaplatz puis sur la Waisenhausplatz. Certains ont tenté de se rendre sur la place Fédérale, qu’ils avaient dû libérer contre leur volonté tôt mercredi matin, mais la police a fait barrage. La manifestation n’a pas été autorisée, «mais tolérée par la police et elle doit rester non-violente», a indiqué l’un des organisateurs.

Conscients d’avoir empêché certains maraîchers de faire leur travail lors du marché hebdomadaire de mardi, ils se sont dits prêts à les dédommager avec une partie des dons qu’ils ont reçus. Ils veulent ainsi confirmer leur soutien aux producteurs locaux. Les militants du collectif «Debout pour le changement» continuent de réclamer la neutralité carbone d’ici à 2030 au lieu de 2050 comme le prévoit le Conseil fédéral. Mais, brandissant des slogans anticapitalistes, c’est un changement de système qu’ils réclament.

«Une bureaucratie inefficace»

Cette nouvelle mobilisation a suivi de quelques heures l’adoption définitive, par les Chambres fédérales, de la nouvelle loi sur le CO2. Celle-ci sera soumise au peuple. Membre de la commission de l’environnement, le conseiller national Christian Imark (UDC/SO) a confirmé qu’un référendum serait lancé. Il n’émanera pas uniquement de l’UDC, mais aussi «d’organisations économiques», qui ne sont pas encore dévoilées. Pour Christian Imark, la réforme est truffée de défauts: «Une bureaucratie inefficace, une redistribution forcée des moyens, des interdictions, des restrictions, tout cela est négatif pour la Suisse», critique-t-il.

L’UDC a fait ses calculs: la facture se situera «entre 30 et 40 milliards» pour la Suisse. L’augmentation de 12 centimes par litre de carburant coûtera 400 francs par an à une famille, le doublement de la taxe CO2 sur les combustibles 800 francs, la taxe sur les billets d’avion 500 francs, évalue-t-il à la louche.

Des plafonds pas forcément appliqués

Ses calculs reposent sur les plafonds prévus dans la loi. Or, ceux-ci ne seront pas forcément appliqués, comme ils ne le sont pas aujourd’hui. Le prix des carburants pourra être majoré de 10 à 12 centimes au maximum par litre pour compenser leur importation. Or, le régime actuel prévoit déjà une compensation.

Elle est plafonnée à 5 centimes par litre mais est en réalité de 2 centimes. La limite supérieure de la taxe écologique sur le mazout, fixée aujourd’hui à 120 francs la tonne de CO2, sera relevée à 210 francs. Mais le prélèvement en vigueur ne dépasse pas 96 francs. Quant à la ponction sur les billets d’avion, elle pourra osciller entre 30 et 120 francs. Mais, vu la situation dans laquelle se trouve l’aviation, personne ne peut prédire ce qu’il en sera en réalité.

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La loi sur le CO2 a été approuvée par 129 voix contre 59 et 8 abstentions au National et par 33 voix contre 5 et 6 abstentions aux Etats. Aux votes négatifs de l’UDC se sont ajoutés ceux d’une poignée de libéraux-radicaux alémaniques inflexibles, ce qui montre que l’aggiornamento climatique du PLR n’est pas complètement abouti, ainsi que celui du démocrate-chrétien Fabio Regazzi, futur président de l’Union suisse des arts et métiers (USAM).

La faîtière des PME soutiendra-t-elle le référendum? Une décision ne devrait pas tomber avant l’assemblée du 27 octobre, lors de laquelle le Tessinois succédera à Jean-François Rime à la tête de l’organisation. Plusieurs élus des cantons montagnards, dont la quasi-totalité des démocrates-chrétiens valaisans, se sont, eux, abstenus. Cela traduit les inquiétudes que les nouvelles exigences écologiques déclenchent dans ces régions.

Moins d’avions, plus de trains de nuit

Les ONG environnementales soutiennent toutes la révision proposée et considèrent qu’elle devra être suivie par d’autres mesures. Celles-ci auront pour cadre l’initiative pour la protection des glaciers et son contre-projet. «La loi sur le CO2 est insuffisante, mais c’est mieux que rien», commente le lobby climatique Greenpeace. L’Association Transport et Environnement (ATE) estime que la loi «comble de grandes lacunes» mais militera pour un renforcement des «motorisations électriques ou alternatives sans émission de CO2». C’est surtout dans le secteur financier que la gauche revendique des règles plus musclées. La loi se contente d’exiger des instituts bancaires qu’ils évaluent les risques financiers liés au climat.

Le lobby Actif-trafic salue pour sa part la taxation des billets d’avion et l’encouragement des trains de nuit, qui pourra être financé par le nouveau fonds climatique jusqu’à 30 millions de francs par an. Les CFF vont développer ces liaisons ferroviaires nocturnes avec les Chemins de fer autrichiens (ÖBB), leaders européens dans ce domaine.

Une nouvelle relation vers Amsterdam est annoncée pour 2022, de nouvelles capacités en direction des grandes villes allemandes dès 2023 et le rétablissement de convois nocturnes vers Rome et Barcelone via Lausanne et Genève par la suite. Actif-trafic demande que d’autres axes soient ajoutés à la liste. Ils relieraient les villes suisses à Bruxelles, Brest, Bordeaux, Nice, Saint-Sébastien, Naples et Trieste.