La réponse que la politique apporte aux activistes du climat, forcés d’évacuer la place Fédérale mercredi à l’aube, porte un nom: la loi sur le CO2. Elle sera définitivement sous toit vendredi. Ironie du sort, les dernières divergences entre le Conseil des Etats et le Conseil national, qui travaillent sur cette réforme depuis 2017, ont précisément été éliminées mercredi. Hormis l’UDC, qui lancera le référendum, tous les partis font bloc derrière ce projet, avec des aspirations variables. «Nous nous sommes beaucoup battus pour cette loi depuis trois ans. Nous l’avons équilibrée au millimètre près. Elle représente ce qui est politiquement, économiquement et socialement faisable aujourd’hui», résume le conseiller national Stefan Müller-Altermatt (PDC/SO), qui en a été l’un des artisans.

La loi sur le CO2 a été sauvée du naufrage. En décembre 2018, pour des motifs diamétralement opposés, la gauche et la droite l’ont coulée au Conseil national. Cet échec a déclenché une prise de conscience au PLR, qui s’est alors lancé dans un profond aggiornamento de sa politique climatique. «Nous nous sommes beaucoup investis pour repêcher cette loi. Sa version finale est équilibrée. Elle permet d’atteindre les buts que nous nous sommes fixés, à savoir réduire de 50% les émissions de CO2 d’ici à 2030 et viser la neutralité carbone d’ici à 2050», argumente Jacques Bourgeois (PLR/FR).

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Les activistes du climat veulent aller plus vite. Ils réclament le zéro carbone en 2030. «Cette loi n’atteint pas cet objectif. Elle n’atteint pas non plus celui que le Parti vert’libéral vise, soit la neutralité carbone en 2040. Elle n’est donc pas suffisante. La mobilisation des jeunes a été utile. Cette loi est aussi leur enfant. Mais elle doit être acceptable pour le peuple. Or, comme nous vivons en démocratie, c’est lui qui a le dernier mot», prévient l’ancien président et fondateur du PVL, Martin Bäumle (ZH). «La loi sur le CO2 prouve que quand on veut, on peut», ajoute le socialiste bâlois Beat Jans.

Le «plan climat» des Verts prévoit d’autres mesures

Les Verts soutiendront cette réforme dans les urnes. «Loin d’être à la hauteur de nos exigences, elle constitue un progrès indiscutable par rapport au statu quo. Elle pose l’objectif de réduction d’émissions de CO2 d’au moins 50% pour 2030, dont trois quarts en Suisse. Elle inscrit la nécessité de ne pas dépasser le réchauffement de 2 degrés, voire de 1,5 degré. Elle renforce la taxe CO2 sur le mazout. Elle impose des normes d’émissions plus strictes pour les nouveaux véhicules importés. Et elle introduit une taxe sur les billets d’avion [de 30 à 120 francs, ndlr] et sur les jets privés [de 500 à 3000 francs, ndlr]», détaille Delphine Klopfenstein Broggini (Verts/GE). Pour compenser l’importation de carburants, une taxe de 10 à 12 centimes au maximum pourra être prélevée sur le litre de diesel ou d’essence.

Les Verts veulent aller plus loin. Ils gardent dans leur manche d’autres revendications, qu’ils ressortiront très vite. Leur résolution pour un Green New Deal réclame un bilan climatique positif en 2040.

Cagnotte climatique

L’un des éléments clés de la loi est la création d’un fonds pour le climat. Celui-ci recueillera différentes recettes: un tiers de la taxe CO2 prélevée sur les combustibles (450 millions par an au maximum), 49% de la taxe sur les billets d’avion, les sanctions imposées aux voitures dépassant les normes d’émission et la mise aux enchères de droits d’émission. On estime grossièrement à un milliard le montant de cette cagnotte climatique. Celle-ci servira à financer toute une série de programmes: assainissement énergétique des bâtiments, réduction de la consommation d’électricité en hiver, projets de planification énergétique et de remplacement des chauffages fossiles et électriques (60 millions par an), innovations, mesures de prévention contre les dégâts causés par la fonte des glaciers, promotion des trains de nuit (30 millions par an), etc. Le fonctionnement de ce pot climatique devra encore être clarifié. «C’est un peu une usine à gaz», résume Isabelle Chevalley (PVL/VD).

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Chassés de la place Fédérale par la police et les pompiers bernois, les activistes de «Debout pour le changement», eux, ne désarment pas. Ils manifesteront de nouveau vendredi sur une autre place de Berne. Ceux qui ont refusé d’obéir en s’attachant à des objets encourent une poursuite pénale. Selon la Police cantonale bernoise, cela concernerait une centaine de personnes. Le gouvernement du canton de Berne a salué «la décision, tardive mais juste, des autorités de la ville de Berne» d’évacuer la place Fédérale. Son président, l’UDC Pierre Alain Schnegg, s’est fendu d’une lettre ouverte personnelle bien moins diplomatique: il s’est dit «scandalisé et choqué par la façon dont une petite minorité bruyante s’oppose à notre système démocratique éprouvé».

D’ailleurs, d’autres jeunes que les activistes de la place Fédérale veulent se faire entendre. Ce jeudi, un comité des sections jeunes des partis du centre et de droite se mobilise pour présenter des «solutions constructives» en réponse aux actes de désobéissance civile d’Extinction Rebellion et des grévistes du climat, qu’il désapprouve.