Vaud

Pas de loi d’exception pour protéger Lavaux

Sec rejet de la 3e initiative «Sauver Lavaux». Le nom de Franz Weber ne fait plus recette. La politique de consensus du Conseil d’Etat s’impose

Pas de loi d’exception pour Lavaux

Vaud Sec rejet de la 3e initiative «Sauver Lavaux»

Le nom de Franz Weber ne fait plus recette

La politique de consensus du Conseil d’Etat s’impose

Lausanne, Hôtel de la Paix. Franz et Judith Weber ont convié leur entourage de campagne et la presse à partager un élégant buffet dominical. Mais l’ambiance est plombée. Visiblement, on ne s’attendait pas à un désaveu aussi sec: les Vaudois viennent par 68% des voix de rejeter l’initiative «Sauver Lavaux III», lui préférant le contre-projet gouvernemental.

«A mon âge, je suis pondéré, répond Franz Weber, 87 ans, à ceux qui sondent sa déception. Les Vaudois savent qu’ils détiennent une merveille avec Lavaux, le plus beau vignoble d’Europe, mon seul souci est qu’il soit protégé.» Mais tout de même, comment expliquer un résultat aussi net? Par rapport aux scrutins de 1977 sur le premier plan de protection de Lavaux et de 2005 sur l’article constitutionnel, le rapport de force s’est quasiment inversé.

«Je me perds en conjectures», hésite Franz Weber, qui demande son avis à sa femme. «C’est dans le caractère vaudois d’aimer le chemin du milieu, nous savions que ce contre-projet serait dangereux, répond-elle. Mais ce contre-projet n’aurait pas existé sans nous.»

Autre atmosphère à la salle de presse de l’Etat de Vaud, où quatre conseillers d’Etat – la Verte Béatrice Métraux et les PLR Jacqueline de Quattro et Philippe Leuba entourant le président PS, Pierre-Yves Maillard – viennent commenter le résultat «avec le plus grand plaisir». Philippe Leuba, le patron de l’Economie publique, a ramené la bouteille de blanc que viennent de lui offrir les vignerons en fête à Grandvaux: «Pour eux, c’est un énorme ouf de soulagement. La viticulture n’est pas sortie de ses difficultés, mais un oui aurait mis nombre d’exploitations en péril», assure-t-il.

Par téléphone, d’un caveau où l’on entend en bruit de fond les bouchons qui sautent, Maurice Neyroud confirme. Vigneron, député et président de la Commission intercommunale de Lavaux, il a lui-même un projet d’amélioration de son exploitation, qu’il redoutait de ne pouvoir réaliser. «C’est une page qui se tourne, c’est un moment historique», lance-t-il au sujet de ce «massif vote de confiance contre l’initiative de trop». Au départ, il admet avoir été comme beaucoup d’autres, opposé à un contre-projet, préférant en découdre directement avec Franz Weber.

Les conseillers d’Etat vaudois se félicitent de leur œuvre commune. Après une longue gestation et de périlleuses retouches, le contre-projet a finalement obtenu un large soutien de Lavaux, mais aussi des députés, des partis et des communes.

A Rivaz, la seule commune de Lavaux à être entièrement incluse dans le plan de protection, le contre-projet a été accepté à 92% des voix. Mieux encore, le vote n’a donné lieu à aucun clivage sur le territoire cantonal. Le district de Lavaux n’est pas même celui qui rejette le plus fortement l’initiative Weber: ce sont les districts agricoles qui ont le score le plus élevé. La participation, certes favorisée par les votations fédérales, a atteint un niveau important à l’échelle vaudoise: 56,8%.

En 2007, le classement de Lavaux au Patrimoine mondial de l’Unesco a renforcé la notoriété du site, mais n’a rien changé aux dispositions de protection en vigueur. L’initiative «Sauver Lavaux III» aurait eu pour effet de réduire fortement les zones restées constructibles dans le périmètre de protection. Elle prohibait pratiquement toute construction nouvelle dans les bourgs et villages. Surtout, elle aurait mis Lavaux dans une situation unique par rapport au reste du canton: la compétence d’aménagement du territoire aurait été retirée aux autorités locales pour être confiée à l’Etat. «A paysage exceptionnel, législation d’exception», aime à dire Suzanne Debluë, militante de toujours de «Sauver Lavaux» qui, à défaut d’un Franz Weber peu présent, s’est dépensée sans compter dans la campagne. «Ce contre-projet n’est qu’une coquille vide», déplorait-elle dimanche, beaucoup plus déçue que le fondateur d’Helvetia Nostra.

Le Conseil d’Etat se réjouit au contraire que l’égalité de traitement soit maintenue entre régions et citoyens vaudois. L’autonomie communale, que les partisans de «Sauver Lavaux» n’ont cessé de dénoncer comme cause de laisser-faire, a tenu bon. «Lavaux n’a pas besoin d’être sauvé, tranche Jacqueline de Quattro. Il est déjà protégé et le sera encore mieux.»

Reste maintenant à concrétiser le contre-projet, dont l’existence confirme que la protection de Lavaux méritait quelque chose de plus. Un plan d’affectation cantonal de Lavaux, soumis au Grand Conseil et susceptible de référendum, doit voir le jour d’ici trois à cinq ans. Les communes doivent réduire leurs zones à bâtir, en tenant prioritairement compte du paysage. Sur les 40 ha encore constructibles en Lavaux, 20 seront dézonés, affirme l’Etat. Il s’agit d’une estimation, pas d’un chiffre figurant dans le contre-projet. Une aide pour la rénovation des murs de pierre est prévue dans l’enveloppe des améliorations foncières, en vue d’éviter de laids bétonnages.

Sauver Lavaux et Helvetia Nostra précisent «qu’une 4e initiative n’est pour l’heure pas envisagée, mais que la vigilance reste de mise».

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«A mon âge, je suis pondéré. Mon seul souci est que le vignoble de Lavaux soit protégé»

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