L’accélération des procédures d’asile soumise au vote fédéral le 5 juin doit affronter des vents contraires venant de directions opposées. L’UDC, à l’origine du référendum, a lancé lundi sa campagne. Elle affirme que la Suisse doit en finir avec une «culture d’accueil irresponsable» et compare la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga à la chancelière allemande Angela Merkel.

Le parti estime en substance que la Suisse ferait mieux de rétablir les contrôles aux frontières et de s’efforcer de renvoyer les migrants déboutés. «La révision n’est qu’un mensonge. Il y aura davantage de demandes d’asile, davantage de migrants économiques et cela desservira les vrais réfugiés», gronde Toni Brunner, le président de l’UDC. Avec pour corollaire, «une explosion des coûts», dénonce Céline Amaudruz (UDC/GE).

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Mais, bien que remontée, l’UDC se limitera cette fois-ci à une campagne en mode mineur sans intervention dans «l’espace public payant», à savoir les médias et espaces d’affichage. «Nous n’avons pas perdu la foi dans les médias et leur capacité à présenter enfin nos arguments de manière équilibrée», affirme ironique, le président du groupe parlementaire UDC, Adrian Amstutz. Sur demande, il ajoute que «l’UDC n’a pas non plus des moyens illimités et que d’autres scrutins arrivent». Entendez par là l’initiative sur la primauté du droit suisse et le vote sur les Bilatérales.

Appel de gauche contre la révision

Paradoxalement, même si elle s’affiche en retrait dans la campagne à venir, l’UDC pourra compter dans les urnes, le 5 juin, sur un coup de pouce de ses meilleurs ennemis. Un groupe de personnalités lémaniques de gauche lance en effet un appel «pour la sauvegarde du droit d’asile». Il poursuit un objectif inverse à celui de l’UDC, mais appelle aussi à rejeter la réforme. «C’est pour nous une question de vérité, explique l’ancien conseiller national (PS/GE) Nils de Dardel, l’un des trois instigateurs de l’appel. Le contenu de cette loi mènerait à la création, excusez-moi de l’image, de centres de concentration, avec une répression extrêmement forte des droits des réfugiés et une réduction du droit de recours. Une étude rendue par des professeurs d’université est même arrivée à la conclusion que ces dispositions sont contraires à la Constitution suisse.» Une vingtaine de personnalités ont signé l’appel à ce stade, dont les anciens élus fédéraux Ueli Leuenberger (Verts/GE) et Anne-Catherine Menétrey (Verts/VD), ou encore le député vaudois Jean-Michel Dolivo et le syndicaliste genevois Alessandro Pelizzari.

Pourquoi ne pas avoir lancé le référendum si cette réforme est si désastreuse? «C’est vrai qu’on ne l’a pas fait, admet Nils de Dardel. Disons qu’à l’époque, les défenseurs de l’asile ont décidé de renoncer par découragement et pour ne pas verser de l’eau au moulin de l’UDC. Mais maintenant, la question est différente. Un vote populaire n’est pas un calcul tactique.»

«Le compromis le plus favorable aux idéaux de gauche»

Cet appel apparaît comme la résurgence de l’opposition aux mesures urgentes dans l’asile soumises au vote en juin 2013, qui n’avait convaincu que 22% des citoyens. Suite à cette gifle, Parti socialiste et Verts ont noué la réforme actuellement sur la table avec les partis du centre et le PLR. «Dans le contexte politique actuel, cette loi est le compromis le plus favorable possible aux idéaux de gauche», assure la conseillère nationale Cesla Amarelle (PS/VD). La spécialiste de la migration avertit qu’en cas de non, le seul effet concret sera que le Parlement fédéral retirera de la réforme les dispositions contestées par les référendaires, à savoir l’UDC. La Vaudoise se défend d’avoir capitulé: «Cette révision contient des améliorations juridiques nettes pour les requérants. Elle permet aussi d’instaurer un dispositif permettant d’absorber une forte quantité de demandes d’asile tout en maintenant des procédures individuelles.»

Le Conseil fédéral et les partisans de la réforme mettent aussi en avant le bilan du test mené dans le centre pilote à Zurich: la durée des procédures a été réduite de 39% avec un taux de recours est en baisse d’un tiers et des économies de 110 millions de francs. Mais – et c’est là le seul point où l’UDC et l’appel «pour la sauvegarde du droit d’asile» se rejoignent – ce bilan est jugé trompeur. «Au centre pilote, trois fois plus de requérants d’asile ont disparu dans la nature que dans les centres réguliers», dénonce Andreas Glarner (UDC/AG). «C’est vrai, le fait que beaucoup de gens disparaissent favorise les bons chiffres formulés par la Confédération», assure Nils de Dardel.