«A nous de trouver d’autres perspectives pour garantir le développement de notre région de montagne. C’est nécessaire.» Dimanche, à Coire, cette constatation a résonné aussi bien dans le camp des adversaires que dans celui des défenseurs des ambitions olympiques grisonnes. Mais les points communs s’arrêtent là. Car pour les uns, le verdict est amer: les Jeux d’hiver 2022 n’auront pas lieu à Saint-Moritz et à Davos. Les citoyens grisons ont refusé à 52,7% de recevoir sur leur terre la flamme olympique.

En Engadine, malgré le soleil rayonnant, le ton était, dimanche, celui de la déception, «d’une très grande déception», si l’on en croit Gian Gilli, chef de mission de Swiss Olympic pour Londres 2012 et directeur du comité pour la candidature grisonne. Jusqu’au dernier jour, la bataille s’est avérée tendue, empêchant des pronostics fiables. «Nous laissons passer une énorme chance de développement, pour les Grisons et pour la Suisse. Notre canton doit assumer la responsabilité de cet échec face au pays tout entier.»

Après une campagne très émotionnelle et mouvementée, le comité reconnaît «sportivement» sa défaite. Les nombreuses interventions médiatiques, la mobilisation de stars sportives du pays ou encore la dizaine de visites – très décriées - du ministre Ueli Maurer n’ont pas suffi. A-t-on mal informé? L’image des Jeux olympiques de l’ère moderne est-elle à ce point mauvaise? N’aurait-on pas dû miser sur un projet géographiquement plus étalé, qui englobe une grande ville? Ou est-ce la peur des citoyens face à des budgets colossaux rarement respectés? Le comité Grisons 2022 dénonce une campagne adverse axée sur «la peur», cachant l’apport qu’aurait pu représenter ce rendez-vous.

La claque est de ce fait sévère pour le gouvernement grison. Aux yeux de la ministre des Finances, Barbara Janom Steiner (PBD), ce non révèle trois symptômes: un souci financier, une crainte de la démesure – notamment pour des motifs environnementaux –, et une méfiance face à «la limitation à deux sites» du projet. Le verdict des urnes met en évidence une fissure dans le canton, où le taux de participation a atteint 59,1%.

Les deux communes de Saint-Moritz et Davos ont, sans surprise, clairement approuvé le projet. Elles ont également dit oui au crédit-cadre que chacune d’entre elles devait parallèlement accepter (61% et 56,2% de oui). Par contre, le non fut sec dans la vallée du Rhin, vers Disentis, ou encore dans la capitale, Coire. Et à l’heure du premier bilan, le scrutin laisse douter de la capacité d’une mobilisation commune. «Les régions du sud, latines, ont montré un enthousiasme similaire à celui des Valaisans pour Sion 2006. Dans le nord, à Coire, c’est sans doute une autre sensibilité», regrette Gian Gilli, sans, pour l’heure, remettre en question la validité du projet avancé.

Autant dire que le diagnostic diffère dans les rangs des vainqueurs. Pour les socialistes, ce non est avant tout le refus du gigantisme olympique. Rien à voir avec une division malsaine du canton. «Les Grisons ont montré qu’ils ne voulaient pas des excès olympiques. C’était une illusion de croire en un budget de 4,5 milliards.» A la tête des opposants, la conseillère nationale socialiste Silva Semadeni rayonne. «C’est la victoire de la démocratie. C’est un non courageux lorsqu’on constate la force déployée en face, la valse d’opérations PR. Surtout, ce non nous encourage à chercher d’autres chemins de développement pour le tourisme, pour l’innovation. Car cela, oui, est nécessaire.»

Dans le camp rose-vert, on promet donc de veiller à un bon usage de la réserve de 300 millions de francs débloquée pour ce projet de candidature. De même, le gouvernement doit envisager l’emploi des réserves de quelque 900 000 francs prévues pour les Jeux. «Nous allons nous pencher sur les infrastructures à développer et qui ne pourront plus compter sur l’ambition olympique», prévoit la cheffe des Finances.

Mi-février, la Confédération avait promis, sous condition d’un budget équilibré, une garantie de déficit de 1 milliard de francs. Parallèlement, Berne aurait contribué à la candidature avec quelque 30 millions. «Nous voulions montrer qu’il est possible de faire des Jeux à taille humaine», regrette Gian Gilli. «Sans doute que ce qui se passe à Sotchi n’a pas aidé à convaincre les citoyens.» Il y a 33 ans, le 2 mars 1980, les Grisons disaient déjà non à l’aventure olympique, à plus de 77%.

Sion 2006 reste le dernier projet suisse à avoir bénéficié du soutien populaire, et dont la candidature a réellement été déposée. De son côté, Saint-Moritz demeure le dernier et unique site helvétique à avoir accueilli des Jeux olympiques, en 1928 et 1948. Pour le comité Grisons 2022, tout comme pour Swiss Olympic, la Suisse a désormais mis en péril ses chances pour une candidature dans un proche avenir.

Hier à Berne, le Conseil fédéral a pris acte de ce choix, sans y apporter de commentaire. Même le ministre des Sports est resté silencieux, lui pourtant si volubile durant la campagne. Ueli Maurer se trouvait dimanche en Suède, non pas – du moins officiellement – pour parler des avions Gripen, mais pour participer à la Vasaloppet, une course annuelle de ski de fond.

«Les Grisons doivent assumerla responsabilitéde cet échec»