«Nous saurons dans quinze jours s'il s'agit d'un loup. Si c'est le cas, après la présence du lynx, un nouveau problème se posera à nous.» Paul Demierre, responsable du Service cantonal fribourgeois de la faune, entend procéder par étapes et se refuse pour l'instant «à sonner l'alerte générale».

Reste que le canton pourrait, à terme, connaître une situation analogue à celle du Valais. L'image du défunt lynx «Tito», rattachée à la Gruyère et à la vallée de la Jogne au-dessus de Charmey, s'effacera peut-être devant celle du loup qui aurait choisi l'ancien terrain de chasse de son lointain cousin.

Le conditionnel est encore de rigueur. Pour l'instant, la seule certitude est qu'un «gros prédateur» a tué, samedi, un mouton et blessé trois autres, dont un assez grièvement pour qu'il ait fallu l'abattre, dans la vallée de la Jogne. L'écartement des marques de crocs, la puissance de l'attaque et le déchirement des tissus excluent l'œuvre du lynx. Mais avant de désigner le loup, plutôt qu'un gros chien, comme coupable, il faudra analyser un autre indice: une crotte trouvée à 15 km de là par Jean-Marc Weber, responsable du «Projet loup» pour l'Office fédéral de l'environnement. L'analyse génétique, confiée à l'Université de Lausanne, ne révélera pas ses secrets avant quinze jours.

Alerté dimanche soir par un surveillant de la faune, Jean-Marc Weber a tenté de prouver la présence du loup en laissant sa proie morte, partiellement dévorée, sur place durant deux jours. L'espoir que le retour du prédateur serait filmé par une caméra cachée à proximité s'est envolé.

«Il est plausible d'imaginer l'arrivée du loup «valaisan» en Gruyère, via le Pays-d'Enhaut ou les Alpes bernoises.» Cent kilomètres, c'est une distance négligeable pour un loup», constate Jean-Marc Weber. Si cette présence liée à l'attaque de moutons est prouvée, des mesures préventives seront envisagées. La pose de colliers répulsifs sur les moutons étant inefficace puisque le loup attaque par l'arrière, seule la garde des troupeaux par un berger accompagné d'un chien sera possible. Les frais seront couverts par la Confédération.

Mais le loup gruérien a peut-être de beaux jours devant lui. Pour être démasqué, il devra déféquer près de ses victimes ou revenir sur «le lieu du crime» afin d'être pris en flagrant délit par une caméra cachée. Une autorisation de tir ne sera délivrée que s'il est devenu un «spécialiste», c'est-à-dire s'il fait du mouton son plat principal (50 bêtes dévorées).