Micheline Calmy-Rey n'est pas la première femme présidente de la Confédération: Ruth Dreifuss a occupé cette fonction avant elle. Son époux André peut en revanche se targuer d'être le premier mari d'une présidente suisse. Va-t-il se plaire à jouer douze mois durant au prince consort aux côtés de son épouse? Se pâmer de plaisir à l'idée de suivre sa femme lors de chaque représentation officielle? Pas si sûr. D'un naturel discret, André Calmy ne vise pas la popularité d'une Bernardette Chirac, dont aucun geste - même ses achats de nouveaux sacs à main - n'échappe à la presse. Et comme il n'a plus vraiment la santé d'un jeune homme, il se limitera probablement au strict nécessaire.

Il ne fera d'ailleurs pas exception à la «règle». En Suisse, les conjoints de conseillers fédéraux et de présidents de la Confédération n'assument aucune fonction officielle. Discrets, ils endossent juste une fonction d'accompagnement dans certaines circonstances. Qui peut par exemple prétendre être en mesure de reconnaître à tous les coups Verena Schmid dans la rue? Son mari était pourtant président en 2005. Gret Löwensberg, femme de Moritz Leuenberger, qui vient de remettre sa présidence à Micheline Calmy-Rey, a été un peu plus présente. Elle l'était aussi en 2001, lors de la première année présidentielle de Moritz Leuenberger, alors que le couple n'était pas encore marié. Et avait déjà fait parler d'elle pour avoir obtenu le mandat de décorer le bureau de son compagnon - elle est architecte - après son accession au Conseil fédéral en 1995. Ce qui n'a pas été du goût de tous.

De Babette Deiss, on se souvient davantage. Sa spontanéité - ou maladresse? - a frappé les esprits lorsqu'en octobre 2004 elle a osé une bise pas vraiment protocolaire à l'impératrice Michiko du Japon. Durant ce même voyage, elle s'était aussi extasiée devant deux sumos en plein combat, avait accepté de se faire photographier en équilibre sur leurs genoux, photo que Joseph Deiss a demandé à L'Illustré de ne pas publier. Pas digne d'une femme de président. Babette Deiss a également fait parler d'elle en raison de sa rose rouge tatouée sur une épaule. Et d'une lettre de protestation envoyée à La Liberté, pour se plaindre de la manière dont son mari avait été traité dans un article.

A quelles tâches exactement André Calmy, qui avoue souffrir de peu voir sa femme, devra-t-il se plier? S'il n'assume aucune fonction officielle, le protocole veut en revanche qu'il accompagne sa femme lors de visites d'Etat (généralement au nombre de deux ou trois par année), si le chef d'Etat reçu est lui-même accompagné de son conjoint. Idem pour les visites officielles de présidents ou de chefs de gouvernement. «Les règles du Protocole ne disent rien d'autre. Les détails sont réglés à chaque fois selon l'usage et les vœux du membre du Conseil fédéral concerné», précise Jean-Philippe Jeannerat, chef de la Communication au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Une chose est sûre, les conjoints sont aujourd'hui bien plus présents qu'il y a une quinzaine d'années, où une règle voulait que le président de la Confédération n'effectue pas de voyage à l'étranger. Jean-Pascal Delamuraz a été le premier à avoir été reçu comme un véritable «chef d'Etat». C'était en 1996, en Thaïlande. Et parmi les femmes qui ont le plus pris leur rôle d'épouse de président à cœur, Catherine Delamuraz est régulièrement citée. Tout comme Anne-Lise Aubert.

D'autres attendent leur tour avec une certaine excitation. Silvia Blocher, par exemple. Elle doit trépigner d'impatience. Si son mari accède à la présidence en 2009 - mais rien n'est coulé dans le bronze le concernant -, elle ferait une admirable «First Lady». Aujourd'hui déjà, la «Reine Silvia», toujours élégante, est très présente aux côtés de son époux. Un peu comme Cécilia Sarkozy, elle conseille, contrôle et coordonne les activités de son mari, donnant ainsi un nouveau profil au rôle de femme de ministre.

Mais elle va parfois trop loin. Elle a récemment créé un psychodrame en cherchant à censurer des caricatures de Mix et Remix lors d'une émission télévisée, parce qu'à ses yeux son mari apparaissait comme raciste. Elle a surtout été jusqu'à accorder une longue interview à la SonntagsZeitung, dans laquelle elle n'a pas hésité à critiquer le fonctionnement du gouvernement, brisant ainsi la règle tacite qui veut que les conjoints de conseillers fédéraux soient astreints au silence. Ou du moins discrets.