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Les vins de provenance douteuse seraient écoulés dans des restaurants tessinois, selon la police italienne.
© KARL MATHIS / Keystone

Restauration

L’ombre de la mafia dans les cafés tessinois

Une grande enquête en Italie révèle des activités de la mafia calabraise, la’ndrangheta, dans l’œno-gastronomie au sud des Alpes. Dans le secteur «où les entreprises se créent et se dissolvent facilement», on ne s’en étonne pas

Le clan Farao-Marincola de la 'ndrangheta aurait des intérêts dans le secteur œnogastronomique à Chiasso et à Lugano. C’est ce que révèle l’enquête Stige, la «plus grande opération en termes d’arrestations – 169 – en vingt-trois ans», menée par le procureur Nicola Gratteri, à Catanzaro, en Italie. L’hypothèse des investigateurs, dont les résultats ont été divulgués à mi-janvier, est que le clan ait voulu reproduire le modèle mis en place en Allemagne où il a imposé ses produits de la Calabre, notamment du vin.

Les écoutes téléphoniques font état d’un million de bouteilles vendues en Suisse, essentiellement au Tessin, à des restaurants leur appartenant et à d’autres, «associés». Le rapport de l’enquête fait également état de pots-de-vin récupérés une fois par mois en Suisse et d’un trafic d’armes avec la Péninsule.

«L’omerta règne»

Avant même que les conclusions du parquet de Catanzaro ne soient connues, Massimo Suter, président de GastroTicino, avait déjà eu vent de la présence de vins de provenance douteuse dans des restaurants tessinois. «Des employés ont émis des doutes par rapport à des situations suspectes. Nous ne disposons cependant d’aucune preuve. Et personne ne veut parler, l’omerta règne.»

Comme association de secteur, GastroTicino encourage ses membres à être vigilants et à s’en tenir au fait qu’ils peuvent être approchés par des individus liés au crime organisé. «Ce qui nuit terriblement au secteur, c’est la concurrence déloyale, ajoute-t-il. Enormément de capitaux d’origine opaque circulent et sont utilisés pour acheter des restaurants qui affichent des prix que les restaurateurs honnêtes ne peuvent pas concurrencer.»

Ces cas engendrent une concurrence déloyale pénalement condamnable dont pâtissent les restaurateurs qui respectent les règles.

Giangiorgio Gargantini, responsable du secteur tertiaire au syndicat Unia

Responsable du secteur tertiaire, dont la restauration, au syndicat Unia, Giangiorgio Gargantini non plus n’est pas surpris des révélations de l’enquête Stige. Il reconnaît lui aussi que dans la restauration, la concurrence déloyale représente une véritable plaie, d’autant que les contrôles sont moins fréquents et plus superficiels dans le tertiaire. «Un grand problème est la facilité avec laquelle on peut ouvrir, fermer et faire passer un restaurant d’un propriétaire à l’autre.»

Souvent, ceux-ci, faute de posséder les compétences requises, se retrouvent en difficultés économiques et à ce moment-là, le risque est bien réel qu’ils soient approchés par des financiers aux fonds d’origine louche, explique-t-il. «C’est là où le danger de recyclage d’argent sale se manifeste. Ces cas engendrent une concurrence déloyale pénalement condamnable dont pâtissent les restaurateurs qui respectent les règles.»

Pizzerias sous emprise

Selon une source proche du milieu judiciaire tessinois, mais qui souhaite garder l’anonymat, les Calabrais possèdent une grande part des pizzerias du canton. «Il existe une importante communauté calabraise au Tessin, depuis toujours. Bien sûr, ceux-ci ne font pas forcément partie de la 'ndrangheta, ce sont peut-être les gens les plus honnêtes du monde, mais leurs origines les rendent plus vulnérables face à la mafia calabraise.»

Député PDC au Grand Conseil tessinois et syndicaliste (OCST), Giorgio Fonio est à l’origine de plusieurs démarches parlementaires visant à renforcer la lutte antimafia. «Etant un des secteurs où les entreprises se créent et se dissolvent facilement et où le nombre de faillites est parmi les plus importants, la restauration peut être particulièrement sujette à l’infiltration mafieuse.»

Il me semble contre-productif que ces enquêtes soient menées à Berne, alors qu’au Tessin, nous disposons des connaissances liées au territoire, aux entreprises et aux fiduciaires locales.

Giorgio Fonio, député PDC au Grand Conseil tessinois et syndicaliste (OCST)

Le député interpellait récemment le parlement cantonal, regrettant que les compétences liées à la mafia relèvent in primis du Ministère public de la Confédération (MPC) et revendiquant leur décentralisation. «Il me semble contre-productif que ces enquêtes soient menées à Berne, alors qu’au Tessin, nous disposons des connaissances liées au territoire, aux entreprises et aux fiduciaires locales.»

Sollicité par Le Temps par rapport à l’enquête Stige, le MPC affirme qu’il a pris connaissance de l’opération et qu’il n’a pas été saisi de cette affaire. Porte-parole fedpol, Cathy Maret soutient qu’il est connu que la 'ndrangheta utilise la restauration de manière stratégique, par exemple pour le blanchiment d’argent ou l’utilisation des locaux pour le traitement d’affaires illicites. Des cas isolés sont connus en Suisse également. Elle ajoute que la présence de la mafia calabraise ne se limite pas aux cantons limitrophes avec l’Italie, mais qu’elle est un peu partout en Suisse.

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