Lorsque le petit train rouge des chemins de fer rhétiques sort du tunnel, laissant apparaître la vallée baignée de lumière en contrebas, une jeune femme pousse un cri d’admiration et sort son smartphone. C’est sa première fois à Davos – «it’s so beautiful», s’excuse-t-elle presque. Elle fait partie d’une délégation du gouvernement irlandais, en route pour le World Economic Forum (WEF). Elle soupire déjà: «Il n’y en aura que pour Donald Trump…».

Au même moment, le convoi d’hélicoptères qui emmènent le président américain survole les Alpes en direction de la station de ski grisonne. Il vient de quitter l’aéroport de Kloten, où les spotters – les fans d’avions – sont venus en nombre dès le matin pour apercevoir l’Air Force One. A côté d’eux, une poignée de jeunes Verts brandissaient une banderole «Klimawandel tötet» (le changement climatique tue).

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Tout au long du trajet vers Davos, les activistes anti-Trump auront tenté tant bien que mal de capter un peu de la lumière des projecteurs braqués sur le président américain. Avec un «Climate change is real» inscrit en grandes lettres dans la neige. Ou encore une banderole de 60 mètres «Trump not welcome», accrochée sur la paroi de l’Elhorn vers Sargans par sept activistes de l’organisation Campax.

Citadelle imperturbable

Les anti-Trump seront au moins entrés dans le viseur du New York Times: le quotidien américain affichait jeudi en première page une photo du défilé «Trump is not welcome», qui a attiré entre 2500 et 3000 personnes mardi soir à Zurich (selon les organisateurs), une affluence largement supérieure aux protestations anti-WEF des dernières années. Aucune chance toutefois de voir pareille image à Davos: cette année, les manifestations ont été interdites. Lundi, l’exécutif de la Ville justifiait cette décision par le risque de chaos, après les fortes chutes de neige.

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Trois jours plus tard, le ciel s’est éclairci, les pelleteuses ont dégagé les voies, les trottoirs sont couverts de gravier et des grappes de policiers stationnent stoïquement à tous les coins de rue. Au moment où les réseaux en ébullition annoncent en direct l’arrivée de Donald Trump à l’hôtel Intercontinental, la petite ville de montagne ressemble à une citadelle imperturbable.

Chaussures de neige et Trump Burger

Seule brèche dans le calme ambiant: trois individus portant des masques du président américain en carton crient «Trump is not welcome!» dans la rue principale. Attraction touristique ou manifestation? Certains passants s’arrêtent en souriant, font des selfies avec les perturbateurs. Ce sont des activistes de l’organisation de gauche Campax, venus de Zurich pour tenter une action contre le président «sexiste et raciste», malgré les restrictions: les militants ne doivent pas compter plus de cinq personnes et respecter entre eux une distance de 100 mètres, précise l’autorisation délivrée par l’exécutif de Davos.

Les autorités ne veulent pas qu’on nous voie manifester. Mais nous tenions à être présents pour apporter un regard critique et bénéficier de l’écho international de l’événement.

Tamara Funiciello, présidente des JS

Quelques mètres plus loin, alors qu’à quelques kilomètres de là Donald Trump se met en branle pour rejoindre le cœur du WEF, trois membres des Jeunes socialistes (JS) tiennent des discours contre les élites, retransmis sur Internet. Interdiction de brandir des affiches ou de filmer en direction du centre: «Les autorités ne veulent pas qu’on nous voie manifester, fulmine Tamara Funiciello, présidente des JS. Mais nous tenions à être présents pour apporter un regard critique et bénéficier de l’écho international de l’événement.»

Dans les rues, hormis quelques touristes en combinaison de ski, une poignée d’anti-Trump et de nombreux policiers, on aperçoit surtout un défilé de costumes et de chaussures chic. Les magasins de sport se frottent les mains: les bottes de neige se vendent bien cette année. Et certains restaurants surfent sur la vague en proposant un «Trump Burger» au menu.