Quinze pays en première ligne, tous africains

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’est pas inquiète outre mesure des deux contaminations au virus Ebola intervenues aux Etats-Unis et de celle en Espagne. Elle est beaucoup plus préoccupée par le risque de propagation de l’épidémie en Afrique. Voilà qui ne devrait pas suffire à rassurer les autres continents. Car l’OMS a longtemps sous-estimé l’ampleur de l’épidémie. Une urgence sanitaire n’a été déclarée qu’en août, quatre mois après que l’épidémie partie de Guinée eut atteint le Liberia. «Personne n’est parfait, et on peut toujours faire mieux», a concédé Isabelle Nuttall, la directrice du Département capacités mondiales, alerte et action à l’OMS. L’agence ne veut pas reproduire les mêmes erreurs. Quinze pays africains bénéficient de son soutien pour se préparer au mieux à l’arrivée du virus. Parmi ceux-ci, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali et le Sénégal. Tous partagent une frontière avec la Guinée, le Liberia ou la Sierra Leone, où l’épidémie est hors de contrôle.

L’OMS a ajouté sur cette liste onze autres pays exposés en raison des échanges commerciaux avec les Etats contaminés mais aussi de la faiblesse de leur système de santé: le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Gambie, le Ghana, la Mauritanie, le Nigeria, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, le Soudan du Sud et le Togo.

«Faux sentiment de sécurité»

Les inquiétudes sont particulièrement vives pour la Côte d’Ivoire et le Mali. Des experts de l’OMS se rendront prochainement sur place pour vérifier que les mesures préconisées sont bien en place. Parmi elles, la constitution d’équipes à même de procéder rapidement à des prélèvements pour diagnostiquer la maladie ou la sensibilisation de la population pour qu’elle signale les cas suspects.

En revanche, l’OMS ne recommande pas la prise de température dans les aéroports sur les passagers en provenance des pays contaminés. «Cela donne un faux sentiment de sécurité. Les symptômes, dont la fièvre, peuvent se déclarer après le passage de la douane, comme c’était le cas avec le malade mort à Dallas», poursuit Isabelle Nuttall.

Une telle mesure est déjà en place en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. Rien qu’à Conakry, la capitale guinéenne, des dizaines de voyageurs sont empêchés d’embarquer chaque semaine.