Le collège des Coudriers se trouve dans un quartier dit populaire. Et pourtant, «le système des classes hétérogènes fonctionne», constate Nicole Couturier, enseignante de français. Le collège applique depuis plus de vingt-cinq ans le système des classes hétérogènes sur les trois années du Cycle d'orientation. La 7e année est un tronc commun intégral tandis que les 8e et 9e années connaissent des niveaux en allemand et mathématiques ainsi que des options.

Au sein du corps enseignant, le système du tronc commun est majoritairement soutenu. Dans la salle des maîtres, sur le coup de midi, certains manifestent d'ailleurs leur préoccupation de voir disparaître le tronc commun à l'issue du vote du 4 mars. La destinée des collèges hétérogènes reste d'ailleurs floue.

Elisabeth Zumstein Kennedy, enseignante d'allemand aux Coudriers, relève les bienfaits de l'hétérogénéité des classes sans se voiler non plus la face sur le fait qu'elle ne résout pas tous les problèmes «sociétaux». Pour elle, les interactions entre élèves de provenances socioculturelles différentes permettent à chacun de progresser, même aux plus doués. Elisabeth Zumstein Kennedy insiste aussi sur la différenciation: «Elle est capitale, même si elle n'entre pas toujours dans notre logique qui nous pousse à catégoriser les élèves en bons, moyens et faibles. Dans des classes, de multiples regroupements sont possibles et sur des critères parfois très différents.»

Quant à la crainte manifestée par des opposants au tronc commun de voir le niveau de l'enseignement baisser, Brigitte Cassan, qui enseigne la biologie, se veut rassurante. «Si l'on considère le niveau moyen des élèves, il n'y a pas de nivellement.»

Cela étant, quelques enseignants du collège des Coudriers sont moins convaincus. Ils craignent que le Département de l'instruction publique ne réduise encore les moyens à disposition de telle manière à rendre l'hétérogénéité «inutilisable». L'un d'entre eux défend sans réserve la 7e hétérogène, pour des «raisons sociales évidentes». Il est en revanche plus sceptique quant à l'efficacité du tronc commun en 8e et 9e années, notamment pour les élèves en grandes difficultés. Mais cela est un autre débat, jugent d'autres enseignants.

Arielle Thorimbert a elle-même connu les classes hétérogènes et pense en avoir profité. Ses deux enfants sont en 8e et 9e années du Cycle d'orientation des Coudriers. Elle est vraiment convaincue par la 7e hétérogène. Mais elle nuance tout de même: «Mes enfants étant de bons élèves, on leur a souvent dit qu'ils seraient mieux dans une école à sections. J'avoue avoir eu quelques hésitations, mais je crois que ce n'est pas là le fond du problème.» Arielle Thorimbert ajoute qu'au sein de l'association de parents des Coudriers, les classes hétérogènes convainquent. «Une minorité dont les enfants sont de très bons élèves pensent, il est vrai, qu'ils seraient mieux en sections.»