Le Temps: L'Institut universitaire d'études du développement (IUED), créé en 1961, est certes connu, mais a encore une notoriété limitée. Qu'est-ce qui vous a séduit au point de faire acte de candidature?

Georg Elwert: Souvent, les institutions qui ont une grande réputation n'ont que peu de substance. Avec l'IUED, c'est justement l'inverse. Nous faisons néanmoins face à un défi: celui de transformer l'important capital intellectuel présent ici en capital de notoriété internationale. Aujourd'hui, il y a beaucoup de «lanceurs de slogans». Le programme de lutte contre la pauvreté de la Banque mondiale, par exemple, ne veut pas dire grand-chose.

– Dans le cadre d'éventuels regroupements, l'IUED doit-il fusionner avec l'Institut de hautes études internationales?

– Non, il n'en est pas question. L'IUED doit conserver son autonomie. Si l'on noie l'Institut d'études du développement dans une superstructure, les gens vont commencer à s'endormir. L'indépendance est une incitation à la productivité.

– Vous entrerez en fonctions en juillet de l'an prochain. Avez-vous déjà des projets pour l'IUED?

– Pour pouvoir se développer et être à la hauteur de nos ambitions, nous devons attirer des fonds privés. J'ai ainsi obtenu de la fondation Volkswagen un soutien financier pour un projet sur le Caucase et l'Asie centrale. Reste que pour l'heure, ce recours aux fondations privées n'est pas encore dans la culture suisse.

– D'autres projets?

– Je suis très intéressé par la théorie, la prévention et la gestion des conflits. Aujourd'hui, dans la «vieille Europe», nous avons un large potentiel pour nous pencher sur les défaillances de l'Etat de droit. Des défaillances qui deviennent souvent aussi économiques, qui débouchent sur la violence et découragent les investisseurs. A ce titre, la politique étrangère suisse a pris une option courageuse en dénonçant désormais les Etats qui ne respectent pas le droit. Le gouvernement suisse, et plus particulièrement Micheline Calmy-Rey, ont compris qu'il était temps de mettre fin à la modestie. On assiste à un changement de paradigme.

– Est-ce que ce changement de paradigme politique se répercute aussi sur les sciences?

– Bien sûr. Par le passé, les chercheurs n'osaient pas se pencher sur des sujets sensibles dans des pays où règne la dictature. Il y avait des sujets tabous que les diplomates nous priaient de ne pas traiter. Mais les scientifiques n'ont pas à suivre les diplomates, ils doivent être en décalage par rapport aux grands slogans. Ils doivent agir de manière anticyclique.

– Dans votre programme, vous semblez aussi vouloir mettre l'accent sur les doctorats…

– Oui, il est essentiel d'attirer les meilleurs doctorants. Mais la forme classique des doctorats telle que nous la connaissons en Europe est un échec. Elle favorise l'irresponsabilité. Les doctorants qui ont échoué, ceux qui ont réussi ne font jamais l'objet d'évaluation. Idem pour les professeurs qui ne s'exposent jamais à la critique d'autres professeurs.