Polémique

«Lonely Planet» supprimera son paragraphe sur le délit de faciès en Suisse

Le célèbre guide touristique mentionnait, depuis 2012, la présence d’une police «peu visible», mais qui a tendance à contrôler des «personnes d’origine ou d’apparence non européennes». Suisse Tourisme salue la suppression de cet «avertissement non fondé» pour l’édition 2019

Quelles sont les précautions d’usage à suivre lorsqu’on visite la Suisse? Instinctivement, le touriste lambda pensera au respect de la diversité linguistique ou encore au mal d’altitude s’il s’aventure sur les hauts sommets. Un avertissement d’un tout autre ordre figure, depuis 2012, dans les pages du Lonely Planet: le profilage racial. «La police suisse n’est pas très visible, mais a la réputation d’effectuer des fouilles de rue aléatoires sur des personnes d’origine ou d’apparence non européennes» peut-on lire dans le célèbre guide touristique au chapitre «Dangers et désagréments». Ce paragraphe s’apprête à disparaître de l’édition 2019, qui sera publiée en avril, a révélé vendredi 24 heures. Une décision saluée par Suisse Tourisme.

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«Nous nous réjouissons de la suppression d’une déclaration qui porte préjudice à la Suisse et dont les fondements ne sont pas prouvés», détaille Véronique Kanel, porte-parole romande de Suisse Tourisme, au Temps. L’organisme de promotion précise qu’il n’a «pas mis en place d’action particulière pour faire retirer cette annonce». «Il est de la responsabilité́ de Lonely Planet de contrôler la véracité des informations qu’elle publie.»

«Suspicion générale»

Passée relativement inaperçue depuis son introduction, la mention du délit de faciès avait été relevée par le site internet Vice en juin dernier, suscitant une vaste polémique. A l’époque, la Conférence des directrices et directeurs des départements cantonaux de justice et police avait dénoncé une «suspicion générale» sans fondement à l’égard des policiers. interpellé par un journaliste de 24 heures, le responsable de la destination Suisse détaillait alors: «Nos rédacteurs écrivent sur la base de leurs propres expériences sur le terrain et celles de voyageurs et d’habitants qu’ils rencontrent.»

Pas de «preuve substantielle»

Pourquoi ce changement? «Alors qu’en 2017, nos rédacteurs ont rapporté qu’ils recevaient des témoignages selon lesquels le profilage racial se pratiquait encore parfois en Suisse, notre rédactrice n’a pas trouvé, lors de son dernier voyage de recherche dix-huit mois plus tard (en septembre 2018), de preuve substantielle suggérant que c’était toujours le cas, répond Rebecca Law, porte-parole de Lonely Planet. Compte tenu de ce qui précède, nous ne nous sommes pas sentis en mesure de conserver cette déclaration dans la dernière mise à jour.» Elle précise par ailleurs que l’éditeur «surveille les changements culturels et juridiques dans un pays donné et actualise ses contenus en conséquence».

Arrestations policières litigieuses

Hautement controversée, la question du profilage racial n’a jamais été officiellement reconnue par les autorités. Elle continue pourtant d’agiter la Suisse, et plus particulièrement le canton de Vaud. Depuis plusieurs années, des arrestations policières litigieuses ont défrayé la chronique au point de donner lieu à d’importantes manifestations de la communauté noire à Lausanne. Certaines affaires, comme celle de la mort du Nigérian Mike, décédé en février dernier à la suite d’un contrôle de police, doivent encore être jugées.

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Fin 2017, un rapport de la Commission fédérale contre le racisme (CFR) alertait sur l’existence d’un racisme anti-Noir en Suisse à l’origine de diverses discriminations dont le délit de faciès. «Généralement taboue, cette problématique est trop rarement abordée au sein des autorités en question», précisait l’étude. Pour Tarek Neguib, membre de l’Alliance contre le profilage racial, cette pratique est l’expression d’un racisme ordinaire nourri d’amalgames et de stéréotypes, autour du «Noir violent» ou du «Noir dealer».

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Dès 2019, la section du Lonely Planet sur la sécurité en Suisse ne contiendra qu’un chapitre sur les vols: «Les crimes de rue sont relativement rares. Comme dans toute situation urbaine, regardez vos affaires, les pickpockets prospèrent dans la foule.»

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