«Les Verts ont leur place au Conseil fédéral!» Ovationnée, la présidente du parti Regula Rytz considère que le moment est venu de faire entrer les écologistes au gouvernement. «Nous jouons dans la même ligue que les partis gouvernementaux», a-t-elle lancé en dressant le bilan des élections du 20 octobre lors de l’assemblée des délégués réunis samedi à Berne, dans une ambiance festive où le prosecco a néanmoins mis du temps à remplacer l’eau du robinet servie dans des carafes en verre.

Parmi les nouveaux élus et les nouvelles élues – tous et toutes étaient présents à l’exception du conseiller aux Etats glaronais Mathias Zopfi –, la volonté d’obtenir un siège au Conseil fédéral lors de la réélection générale du 11 décembre est claire. Mais la situation est complexe, rappelle Regula Rytz. «Si Johann Schneider-Ammann et Doris Leuthard étaient restés jusqu’à la fin de la législature, on pourrait élire un conseiller fédéral vert ou une conseillère fédérale verte le 11 décembre», relève-t-elle. «Mais cela ne s’est pas passé ainsi», regrette-t-elle. Ils ont démissionné un an avant le changement de législature, de sorte qu’aucun siège ne sera à repourvoir en décembre, une situation que Regula Rytz critique sévèrement.

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Faut-il néanmoins lancer une candidature, trouver une sorte de kamikaze, homme ou femme, prêt à mener ce combat difficile? Si la garde montante du Parti écologiste est favorable à ce scénario, les anciens le sont aussi. «Si nous lançons une candidature et qu’elle échoue, ce sera la faute des autres. Si nous n’essayons pas, ce sera notre faute», résume Daniel Brélaz. De son côté, Regula Rytz reste prudente. «Nous menons d’intenses discussions avec les autres partis pour évaluer nos chances de succès», lâche-t-elle laconiquement.

Que décidera le PDC?

Elle peut compter sur le soutien du PS. Son président, Christian Levrat, juge comme elle que la formule magique actuelle, qui attribue quatre sièges sur sept à l’UDC et au PLR, ne reflète pas la réalité politique issue des élections parlementaires. Il plaide pour une formule mieux adaptée, mais voit bien que, faute de siège vacant, le changement ne se fera pas forcément en décembre. Quant au président du PDC Gerhard Pfister, il semble accaparé par la constitution du groupe parlementaire démocrate-chrétien. S’il est acquis que les trois élus évangéliques en feront partie, les discussions avec le Parti bourgeois-démocratique, dont la représentation à Berne s’est réduite à trois unités, se poursuivent. Le PBD a confirmé samedi mener des négociations pour former un groupe parlementaire commun avec un autre parti. Outre le PDC, le PLR peut aussi entrer en ligne de compte.

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Quoi qu’il en soit, il paraît vraisemblable que les Verts présenteront une candidature de combat, comme ils l’ont déjà fait à plusieurs reprises. Regula Rytz, encore en lice pour le second tour du Conseil des Etats dans le canton de Berne, pourrait jouer ce rôle. Mais ce pourrait aussi être la conseillère d’Etat et ancienne conseillère nationale bernoise Christine Häsler. Elle a livré devant les délégués du parti un plaidoyer tout empreint de réalisme politique qui pourrait en faire une candidate potentielle.

S’exprimant en trois langues, elle a rappelé qu’elle, enfant de Grindelwald, avait réussi à se faire élire conseillère d’Etat verte à Berne. «Nos idées se sont répandues dans les régions rurales. Ce sera d’ailleurs l’un des défis à relever: les gens des régions périphériques n’ont pas les mêmes besoins que les habitants des villes, il leur faut des solutions différentes. Mais nous y arriverons», a-t-elle rappelé en faisant référence aux restrictions qui pourraient être décidées pour protéger le climat.

La politique des petits pas

Sur ce point, les Verts adoptent pour l’instant une approche modérée, souligne le chef du groupe parlementaire, Balthasar Glättli, en évoquant la loi sur le CO2. «Nous sommes face à un dilemme. Devons-nous doubler nos exigences ou plutôt tenter d’obtenir quelques améliorations et avoir un résultat rapide au parlement? Nous avons opté pour cette deuxième solution afin que la loi sur le CO2 soit sous toit en décembre. Puis nous préparerons les étapes suivantes. L’initiative pour les glaciers viendra ensuite: je suis convaincu qu’elle aura le soutien d’une majorité du parlement», analyse-t-il.

Son équipe sera la plus grande jamais formée par les Verts: aux 28 membres du Conseil national s’ajoutent déjà deux conseillers aux Etats – Céline Vara et Mathias Zopfi. Et huit femmes sont encore en lice pour les seconds tours, dont la moitié ont des chances réelles d’élection.