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La centrale nucléaire du Bugey est située à Saint-Vulbas, près de Lyon.
© © Robert Pratta / Reuters

Nucléaire

La longue lutte de Genève contre le nucléaire français

Le canton et la Ville de Genève ont porté plainte contre X concernant la centrale nucléaire française du Bugey. Un nouvel épisode dans un conflit qui oppose depuis des années la France et la Suisse

Genève lance une nouvelle offensive contre l’atome. Ce lundi après-midi, les autorités du canton et de la Ville vont commenter leur dépôt de plainte contre X visant la centrale nucléaire française du Bugey.

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Cette plainte pénale est un nouvel épisode dans un conflit qui oppose depuis des années les autorités genevoises et françaises. En 1998, Genève faisait déjà pression pour obtenir l’arrêt définitif d’un réacteur de la centrale de Creys-Malville (Isère). Cette lutte contre l’atome est inscrite dans la Constitution cantonale, celle-ci impose de «tout mettre en œuvre pour s’opposer à toutes velléités nucléaires dans et proches de ses frontières». De la centrale de Creys-Malville à celle du Bugey, retour sur une histoire tendue.

2015: le combat pour la fermeture du site du Bugey est devenu officiel

Située à 70 km à vol d’oiseau de Genève, dans l’Ain, la centrale nucléaire du Bugey est dans le viseur des autorités genevoises depuis mars 2015. La Ville comptait «passer la vitesse supérieure», selon les termes employés par le conseiller administratif Rémy Pagani. C’est désormais chose faite. Représentés par l’avocate Corinne Lepage, la Ville et le canton ont déposé une plainte pénale contre X à Paris. Les autorités genevoises s’inquiètent de la sûreté de la centrale en service depuis 1972, l’une des plus anciennes et vétustes de l’Hexagone.

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Des incidents sont régulièrement signalés par le réseau Sortir du nucléaire (SDN). Il en dénombre 50 par an en moyenne. En 2014, du tritium s’est répandu dans un caniveau. En 2015, le réacteur 5 a été mis à l‘arrêt. Des fuites ont été observées par l’Autorité de sûreté nucléaire dans l’enceinte de confinement, dernier rempart avec l’extérieur. Son redémarrage est toutefois espéré par Electricité de France (EDF), l’exploitant du site, une fois les travaux de maintenance effectués. Malgré ces multiples alertes, la bataille juridique s’annonce rude pour Genève. «L’argument de la sécurité de l’installation est très difficile à faire entendre, on rentre dans un débat d’experts», juge le conseiller aux Etats écologiste Robert Cramer.

2011: crispations à propos du Rhône

La centrale nucléaire du Bugey a besoin de l’eau du Rhône pour refroidir ses réacteurs. Sauf qu’en 2011, à cause de la forte sécheresse, Genève a diminué le débit du fleuve pour maintenir le niveau du lac Léman. L’installation nucléaire française a alors connu des difficultés à assurer son système de refroidissement et a finalement dû réduire sa production d’électricité.

Lire aussi: Les eaux du Rhône, source de rivalités entre la France et la Suisse

La France et la Suisse se sont réunis à Genève en septembre 2015 pour évoquer le dossier de la gouvernance des eaux du Rhône.

2011 (bis): un projet de décharge nucléaire suscite un recours

Ce n’est pas la première offensive de Genève contre le site du Bugey. En 2011, «Le Temps» révélait qu’un dépôt de déchets radioactifs était en projet. Appelé Iceda, ce vaste entrepôt doit permettre de stocker 2000 tonnes de déchets issus des neuf réacteurs en cours de démantèlement en France.

Le projet a fait l’objet de nombreuses procédures judiciaires. Mais le recours de l’Etat de Genève a été jugé irrecevable par le Conseil d’Etat français en avril 2014 en raison de la distance séparant la ville de la centrale. «Le Conseil d’Etat prend systématiquement position en faveur de l’énergie nucléaire», accusait Rémy Pagani en mars 2015. Le chantier doit s’achever en 2017.

1990-1997: la saga Creys-Malville

C’est le précédent qui inspire aujourd’hui le canton et la Ville de Genève. Dans les années 1990, Genève s’était battu pour obtenir la fermeture de la centrale nucléaire de Creys-Malville (Isère), située à 40 km à vol d’oiseau de la frontière suisse. A l’époque déjà, Corinne Lepage avait défendu les intérêts de Genève dans ce dossier. Le site abrite le Superphénix, un prototype de réacteur refroidi au sodium qui a été victime d’incidents à répétition.

En 1995, l’avocate française est nommée ministre de l’Environnement. Elle refuse alors de signer le décret de redémarrage de Creys-Malville et menace de démissionner. En 1997, le gouvernement de Lionel Jospin décide de mettre fin à l’expérience. Le site n’aurait produit que 176 jours d’électricité entre 1985 et 1994. Le démantèlement du supergénérateur est toujours en cours, la fin des travaux est prévue pour 2028.


Et sur le flanc du nord-ouest: le cas Fessenheim

La Suisse demande depuis bien longtemps la fermeture de la plus ancienne centrale française: Fessenheim. En visite à Paris en mars 2015, où elle avait rencontré la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal, Doris Leuthard n’avait pas obtenu de calendrier précis sur la fermeture promise du site.

Lire aussi: Fessenheim, l’abcès nucléaire franco-suisse

La ministre française du Logement Emmanuelle Cosse a promis dimanche 6 mars que la centrale serait bien fermée en 2016. «Le calendrier c’est celui que m’a répété à plusieurs reprises le président de la République, c’est 2016», a-t-elle déclaré lors d’un entretien à plusieurs médias français.

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