éditorial

La longue marche des femmes

ÉDITORIAL. C’est l’un des grands apports du renouveau féministe à l’origine de l’élan du 14 juin: il montre que c’est une question vivante, de société, de rapports de force constamment renégociés

Le vendredi 14 juin a lieu la deuxième grève des femmes de l’histoire suisse. Le Temps publie une série d’articles sur les enjeux mis en lumière par cette mobilisation.

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Une grève nationale, dans le pays de la paix du travail, ça fait du bruit, c’est visible et tant mieux. Il faut bien cela pour rompre avec la politique des petits pas, trop petits pour réaliser le changement de fond nécessaire au renversement d’un système patriarcal. Sous leur apparence neutre, c’est un fait: nos institutions restent sexistes. Prenons le congé maternité. Vécu d’abord comme une avancée, il ancre pourtant les femmes dans un rôle reproducteur et conduit des milliers d’entre elles à renoncer à leur avancement professionnel, parce qu’il lui manque son pendant indispensable: le congé paternité. Pour le Conseil fédéral pourtant, ce n’est pas à l’ordre du jour.

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Mesures minimalistes pour l’égalité salariale, manque de crèches, imposition défavorable aux femmes... L’attitude de ceux qui nous gouvernent laisse entendre que les droits de plus de 50% de la population restent à leurs yeux un sujet secondaire. D’où la nécessité d’un large mouvement pour faire pression. L’histoire donne raison aux femmes: c’est à l’incroyable mobilisation de 1991 que l’on doit la loi sur l’égalité de 1996.

Celle qui a permis par exemple à Malica Skrijelj, en portrait dans cette édition, d’être la première femme à obtenir gain de cause en dénonçant une discrimination salariale. Après la traversée du désert féministe des années 1980, des centaines de manifestantes se sont élevées contre la non-élection de la candidate Christiane Brunner au Conseil fédéral au début des années 1990, permettant de changer la donne: sans cette pression, la Suisse aurait dû encore attendre avant de connaître sa seconde conseillère fédérale, Ruth Dreifuss, en 1993.

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Aujourd’hui, des solidarités se recréent, dans un mélange générationnel fertile. C’est l’un des grands apports du renouveau féministe à l’origine de l’élan du 14 juin: il fait du sujet une question vivante, de société, de rapports de force constamment renégociés. Dans ce numéro, nous avons voulu montrer qu’il existe déjà des réponses. Des entreprises ont été capables de mettre en place un congé paternité, ou de remettre en question le modèle de grand-papa. Des femmes, dans les entreprises comme dans la rue, se mettent ensemble pour faire entendre leur voix. Des hommes les soutiennent et expliquent pourquoi. La grève féministe de 1991 n’est pas restée sans suite. Celle de 2019 laissera sans doute des traces.

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