«Les amphibiens sont dans leurs starting-blocks», comme dit le biologiste Jean-Claude Monney, correspondant du Centre de coordination pour la protection des amphibiens et des reptiles de Suisse (KARCH) pour la Suisse romande. Avec le radoucissement des températures, des centaines de milliers de grenouilles rousses, crapauds communs, tritons alpestres et autres salamandres tachetées s'apprêtent en effet à entamer leur migration vers les sites de reproduction aquatique.

Cette année, la migration, qui a généralement lieu en février, est plus tardive et donc plus concentrée. «Si les conditions sont favorables, par exemple s'il pleut pendant une semaine, 90% des animaux peuvent passer en quelques jours. Les retardataires peuvent s'échelonner sur plusieurs semaines.» Un périple semé d'obstacles meurtriers: les voitures déciment chaque année des milliers d'amphibiens. «Dans les cas extrêmes, si un étang est bordé par une voie routière que doivent traverser les batraciens pour atteindre le point d'eau, cela peut décimer une population entière.» C'est le cas au Tessin, où la population des amphibiens a pratiquement disparu, bien que ces espèces soient protégées en Suisse depuis 1967.

Prudence au volant

Ces tronçons problématiques sont estimés à un millier en Suisse. Les associations de protection de la nature demandent aux automobilistes de rouler prudemment. Il faut savoir qu'un crapaud aura besoin d'une demi-heure pour traverser la chaussée… Certes. Mais en pleine nuit, l'automobiliste n'aura pas forcément le temps ni l'envie de faire attention.

Depuis plus de vingt ans, des mesures de protection ont donc été mises en place, souvent basiques mais efficaces, par des bénévoles, passionnés, naturalistes, élèves et professeurs, mais aussi apprentis chasseurs ou chômeurs, sous la houlette parfois des Services cantonaux de la faune. De petites barrières de protection qui guident les animaux vers des seaux dans lesquels ils dégringoleront avant d'être transportés de l'autre côté. «Il faut un minimum de coordination de la part d'un biologiste. Et puis, c'est dur: il faut se lever tôt, il pleut, il fait froid», sourit Jean-Claude Monney.

Ces mesures temporaires sont prises sur quelque 200 sites. Il existe également une centaine de mesures durables, comme les passages sous-route ou «crapauducs», fossés en béton situés de part et d'autre de la route, et qui amènent les batraciens à des souterrains.

Dans le canton de Vaud, par exemple, des passages sous-voie ont été construits entre Yverdon et Yvonand, à l'étang du Sépey à Cossonay et à l'étang de Bon, près de Gimel. Le hic: le coût et l'efficacité pas toujours avérée. Récemment, la Conservation de la faune vaudoise a estimé à plus de 300 000 francs l'aménagement de la route de Crassier, qui bloque le passage au marais des Bidonnes: trop cher.

La solution idéale, selon le biologiste, est la fermeture des routes à la circulation. «Ça ne coûte rien et ça ne dure que quelques jours. Mais ce n'est envisageable que sur de petites routes.» Par exemple, des axes de l'Eigental, à Zurich, sont fermés dès ce jeudi à la circulation entre 18 h et 8 h, la migration se faisant surtout de nuit, à partir de 22 h, et ce pour plusieurs semaines. Reste que sans la bonne volonté des bénévoles, les amphibiens de Suisse seraient dans un piètre état: le KARCH estime à 120 000 le nombre d'amphibiens sauvés chaque année grâce aux actions menées par les bénévoles.