Pas toujours facile, la vie des stagiaires de l'été qu'emploient à Genève les organisations internationales. Ils sont, comme chaque année, quelques centaines à venir des quatre coins du monde. Ces heureux élus ne manquent pas de se considérer comme des privilégiés, tant la concurrence est rude pour décrocher une de ces places donnant droit à une «attestation de stage» onusienne, si précieuse sur un curriculum universitaire. Mais ce privilège a ses revers, car l'ONU n'est guère généreuse à l'égard de ces jeunes qui font le voyage à leurs propres frais. Ce qui ne manque pas de susciter des déconvenues, nombre des candidats stagiaires évaluant mal le coût de la vie en Suisse, et l'ampleur des dépenses qu'ils doivent assumer au cours de leur séjour.

Roslyn Richardson, stagiaire au Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR), peut en témoigner. Pour survivre à Genève, cette Australienne de 22 ans a dû vendre la voiture qu'elle avait laissée à Canberra, où elle vit. Elle avait pourtant sacrifié toutes ses économies pour subvenir à ses besoins en Suisse, soit l'équivalent de 2300 francs. Une somme qui permet de «bien vivre» pendant trois mois en Australie, mais qui s'est rapidement épuisée après son arrivée à Genève.

A lui seul, le loyer mensuel de la chambre du foyer universitaire où elle loge lui coûte près de 500 francs par mois. Ce à quoi il faut ensuite ajouter les frais de transport et de nourriture, dont dix francs au minimum pour les repas qui sont pris dans les cafétérias des organisations internationales. «On comprend alors la fréquentation assidue des conférences des organisations non-gouvernementales, agendées pendant la pause de midi, ironise une stagiaire: des sandwiches y sont offerts.»

Qu'est-ce qui a amené ces jeunes en vacances d'été à travailler sans rétribution? Roslyn Richardson affirme sans hésitation que «lorsqu'on milite pour les droits de l'homme, on rêve de travailler là où tout se passe». Son engagement en faveur des réfugiés ne date pas d'aujourd'hui. Comme bénévole, elle a déjà travaillé à la section australienne de Amnesty International, et à l'Office régional du HCR à Canberra.

Ses collègues ne sont pas tous motivés par ce même idéalisme. «Tôt ou tard, le sacrifice sera récompensé», avoue sans état d'âme un jeune Suédois pour qui un stage à l'ONU est avant tout une bonne expérience à faire figurer dans le curriculum vitae. Expérience qui, pour Margot Brandenburg, fait partie de la culture universitaire. L'été aux Etats-Unis, raconte-t-elle, «c'est la ruée pour un poste de stage». De plus, en rédigeant un rapport sur ses activités au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), cette jeune Américaine obtiendra de son établissement des crédits qui équivalent au coût d'un cours universitaire. D'autres, comme l'étudiante genevoise Alessandra Roversi, profitent de l'occasion pour explorer les voies susceptibles de s'ouvrir à eux au terme de leurs études.

S'ils ne sont pas payés, ce n'est pourtant pas faute de compétences. En général, les candidats sélectionnés par les institutions onusiennes peuvent en effet se targuer d'un déjà long parcours académique. Car les organisations internationales entendent profiter des fraîches compétences de leurs stagiaires, au même titre que ces derniers s'enrichissent à leur contact. Pour les uns, c'est l'occasion de confronter leurs connaissances théoriques à la pratique. Quant aux organisations onusiennes, elles trouvent là, admet une fonctionnaire internationale, une opportunité pour faire face à un volume de travail qui augmente régulièrement, tandis que le recrutement de personnel est limité par les restrictions budgétaires.

L'Afrique et l'Asie sous-représentées

Le Haut Commissariat pour les droits de l'homme (HCDH), par exemple, sélectionne entre 300 et 400 offres spontanées par semestre. Pas plus de 50 dossiers sont retenus. «Inévitablement, estime la Genevoise Alessandra Roversi, une sélection naturelle se fait d'abord en fonction de l'argent. Les responsables ont beau choisir les étudiants selon des critères de représentation régionale, Africains, Latinos et Asiatiques seront toujours peu représentés en raison des moyens insuffisants dont ils disposent pour financer leur stage.;

Les stagiaires eux-mêmes ne restent d'ailleurs pas sans voix, lorsqu'ils évoquent leurs conditions de travail. S'ils ne prétendent pas un salaire, ils estiment souvent qu'une contribution pour leurs frais de séjour serait en revanche la bienvenue. Par exemple sous forme de bons pour les repas de midi, ou d'arrangements plus avantageux avec les résidences universitaires, cela lorsqu'ils ne disposent d'aucun soutien financier de leur université.

L'Australienne Roslyn Richardson concède toutefois qu'il y a pire que d'être stagiaire à Genève en été: elle se félicite de n'avoir pas eu à y venir durant la saison hivernale. «Maintenant au moins, on peut profiter des parcs, du lac et des fêtes en plein air. Le tout, gratuitement!»