La facture dont Lonza ne veut pas

Valais Le coût de l’élimination du mercure est encore à préciser

27 km2 pour le canal et ses berges, une parcelle agricole et 10 parcelles en zone à bâtir. En l’état actuel des investigations, c’est ce qu’il faudra assainir dans le Haut-Valais pour se débarrasser du mercure. L’Etat du Valais a informé mardi soir 180 propriétaires de 280 parcelles que leurs terrains dans la plaine du Rhône entre Nieder­gesteln et Viège étaient pollués à des gravités diverses.

Selon les informations du Service de protection de l’environ­nement (SPE), l’excavation et le transport d’une tonne de terre en Hollande ou en Allemagne, où elle sera traitée, coûtent 200 francs. La facture promet d’être très salée, même si on ne peut, pour l’heure, l’évaluer correctement. Aucune décision n’a encore été prise en ce qui concerne l’assainissement du canal et l’analyse des terrains qui pourraient être pollués n’est pas terminée. A titre de comparaison, l’élimination du mercure sur le chantier de l’autoroute entre Niedergesteln et Viège a déjà coûté 20 millions de francs.

Pour l’instant, on ne sait pas qui devra payer et exécuter les travaux. La loi voudrait que le responsable de la pollution, en l’occurrence Lonza, s’acquitte des nettoyages. Mais la situation est plus complexe. «Nous aurons besoin de votre aide pour reconstituer l’histoire de l’utilisation des sédiments du canal», enjoignait mardi soir Cédric Arnold, chef du SPE, aux propriétaires venus s’informer de l’état de leur terrain. Raoul Bayard, directeur de Lonza Viège, reconnaissait devant les propriétaires concernés que son entreprise avait rejeté du mercure dans ce canal entre 1930 et 1976. Mais il contestait la responsabilité de Lonza dans l’épandage des boues contaminées en divers endroits de la plaine du Rhône. «Vous saviez depuis 1976, date à laquelle vous avez dû construire une station d’épuration, qu’il y avait un problème avec le mercure rejeté dans le canal. Pourquoi n’avez-vous rien dit?» a rétorqué un propriétaire.

Remonter l’histoire

La reconstitution historique de l’utilisation des boues, des propriétaires des parcelles, des personnes mandatées pour entretenir et draguer les boues du canal pourrait prendre du temps. «Je représente la bourgeoisie de Viège», lançait un homme dans la salle mardi soir. «Nous sommes propriétaires de nombreuses parcelles que nous avons louées à un très grand nombre de paysans depuis 1930. Il sera complètement impossible de savoir qui a fait quoi!»

En attendant d’avoir tranché dans ces questions, le SPE ne pourra pas ordonner les travaux d’assainissement qui doivent être exécutés par le responsable de la contamination, et les habitants concernés ne pourront utiliser ni les places de jeux pour enfants, ni leurs jardins potagers.

La situation pourrait être encore plus complexe pour ceux qui avaient le projet de construire. La loi exige en effet que, dans ce secteur potentiellement pollué, toute excavation fasse l’objet d’analyses payées par le maître d’œuvre. Ce dernier doit financer l’assainissement si les concentrations de mercure dépassent les normes. Il peut ensuite intenter une procédure ­civile pour obtenir d’être remboursé par le responsable de la pollution. «Comment puis-je payer d’avance des travaux pour des centaines de milliers, voire des millions de francs?» demandait un homme dans la salle. «D’autant que la justice donne ensuite toujours raison aux grandes entreprises plutôt qu’aux petits propriétaires…»

Quant à l’Etat, s’il préfinance les travaux de l’autoroute en collaboration avec la Confédération, il ne devrait pas être amené à payer les assainissements. A moins d’une faillite ou de l’insolvabilité de l’un des responsables de la contamination.