L'échec de l'UDC lors de l'élection partielle au gouvernement zurichois et le recul subi en Argovie, le 27 février dernier, marquent-ils le début du déclin du parti construit par Christoph Blocher? Ceux qui l'affirment vont un peu vite en besogne. La situation est plus complexe. «Il est trop tôt pour parler d'un tournant général», a déclaré au Temps le politologue Werner Seitz, de l'Office fédéral de la statistique (LT du 10.03.2005). D'autres résultats montrent que l'UDC dispose encore d'une marge de progression. Depuis les élections fédérales de 2003, ce parti a continué de gagner des points lors des élections cantonales. Il a conquis du terrain supplémentaire à Saint-Gall, en Thurgovie, à Schwyz, à Schaffhouse, à Bâle-Ville, puis, tout récemment, à Soleure et en Valais. L'UDC semble surtout disposer d'un potentiel en Suisse romande, où l'emprise des thèses blochériennes s'est faite avec un certain décalage. On s'attend ainsi à la confirmation de l'installation de l'UDC à Neuchâtel lors des élections cantonales d'avril. Le parti fera très probablement son entrée au Grand Conseil.

En Suisse alémanique, l'UDC pourrait en revanche avoir atteint son «zénith». C'est en tout cas l'avis d'un autre politologue, Hans Hirter, qui l'affirmait au Tages-Anzeiger au lendemain des élections du 27 février. Comme Werner Seitz, il n'est pas étonné de voir l'UDC reculer en Argovie: c'est l'un des cantons où les démocrates du centre sont parvenus à franchir la barre des 30%. Or, il est à son avis difficile en Suisse de se maintenir à un niveau aussi élevé sans avoir autre chose que de l'opposition pure et dure à proposer. Or, c'est là que le bât blesse pour l'UDC. Selon Hans Hirter, de nombreux électeurs sont déçus et attendent davantage du parti. «Pour conserver les électeurs qui sont venus du PDC ou du PRD, l'UDC doit avoir quelque chose à offrir», a-t-il déclaré dans le quotidien zurichois.

Les résultats mitigés de l'UDC lors des élections dans les gouvernements montrent qu'il y a un problème. De nombreux électeurs ont voté pour le parti de Blocher en signe de protestation, mais hésitent au moment de propulser ses représentants dans les exécutifs. L'échec de Toni Bortoluzzi à Zurich tout comme celui du conseiller national Roland Borer à Soleure, deux figures pourtant populaires en apparence, en témoignent.

L'UDC se trouve ainsi à la croisée des chemins. Sa peine à entrer dans les exécutifs cantonaux confirme que les électeurs attendent d'elle qu'elle fasse de l'opposition. Or, il est difficile de se maintenir durablement au pinacle si l'on se confine dans ce rôle. Sur le plan national, le Parti socialiste, qui, comme l'UDC, a toujours eu un pied au Conseil fédéral et l'autre en dehors, en a fait l'expérience. Si l'on se réfère à la statistique des élections fédérales, tenue depuis l'introduction du système proportionnel en 1919, on constate que le PS a connu son apogée entre 1928 et 1943, date de l'accession du premier socialiste au gouvernement (le Zurichois Ernst Nobs, qui se retirera en 1951). Durant cette période, il a pu compter sur l'appui de 28% de l'électorat, à l'exception des élections de 1939 (25,9%).

En 1959, le Parti socialiste a fait son retour au gouvernement avec deux conseillers fédéraux d'un coup. Il se situait alors à 26%, résultat confirmé quatre ans plus tard. Par la suite, cependant, ses résultats ont progressivement reculé jusqu'à 19% en 1987, avec quelques sursauts durant la crise des années 70. Il a redressé la tête dans les années 90, pour finalement remonter à 23,3% en 2003.

A l'époque où l'UDC était encore le véritable parti des paysans et des bourgeois, cette formation disposait d'un «capital» de 14 à 16%. Après la guerre, elle a régressé à 11-12% et a même plongé à 9,9% en 1975. L'entrée en scène de Christoph Blocher, à la fin des années 80, a marqué le renouveau. Il a imposé à «son» UDC une ligne protestataire, nationaliste et protectionniste qui lui a permis de conquérir progressivement du terrain dans tout le pays et d'attirer à elle des électeurs radicaux et démocrates-chrétiens insatisfaits. En 2003, elle a connu son apogée avec 26,7%.

Mais elle n'est plus directement tirée par son leader charismatique et peine à concrétiser la politique qui a fait ses succès électoraux. Si elle n'y parvient pas, elle pourrait bien avoir atteint son apogée et commencer à décliner. Mais cela reste à confirmer.