Il est de tous les combats. Le verbe tranchant, la bonhomie tranquille, Pierre-Antoine Bonvin incarne la résistance estudiantine face aux restrictions budgétaires qui menacent la formation et la recherche. Quand il évoque les projets d'augmentation des taxes universitaires à 5000 francs ou de suppression des chaires de grec et d'italien à l'Université de Neuchâtel, le Vaudruzien, 29 ans, ne décolère pas. «Il faut une université romande avec des pôles de compétence forts, juge-t-il. Dans cette optique, il est aberrant de couper des branches sans concertation. Il faut réformer, pas démanteler.»

Adepte du contre-pied, le secrétaire général de la Fédération des étudiants neuchâtelois (FEN) et coprésident de l'Union nationale des étudiant-e-s de Suisse (UNES) a décidé de frapper un grand coup: avec le soutien des sections cantonales des syndicats Unia et Syna et de l'Association suisse de défense des rentiers et préretraités (Avivo), il a déposé jeudi une initiative populaire demandant que la part neuchâteloise de la vente de l'or de la BNS (428 millions sur un total de 21,1 milliards de francs) soit attribuée à une Fondation de droit public soutenant l'emploi, la formation et l'innovation. Le comité d'initiative a jusqu'au 16 septembre pour récolter 6000 signatures.

Après l'échec de différents projets sur le plan fédéral, Pierre-Antoine Bonvin veut «lancer le débat» au niveau cantonal: «Cet argent appartient à tous les citoyens. Il a été épargné par nos aînés. Je trouve regrettable de vouloir le dilapider pour des actions à courte vue.» Dans son viseur: le projet des partis de droite d'utiliser la totalité de la somme pour réduire d'un quart une dette cantonale qui culmine à 1,7 milliard de francs.

Le secrétaire général de la FEN, qui sera candidat au Grand Conseil neuchâtelois sous les couleurs socialistes le 10 avril prochain, considère que la Fondation pour l'avenir et l'innovation constituerait le meilleur moteur pour la croissance du canton. «Les intérêts dégagés (ndlr: environ 25 millions de francs par an) seraient utilisés pour soutenir des projets soutenant l'emploi et la formation. Composé notamment de représentants des associations de jeunesse, d'étudiants, d'apprentis, de membres du patronat et des syndicats, le conseil de fondation retiendrait les projets à soutenir en priorité.»

Octroi de bourses, incitation à faire des études, prêts en capital-risque, aide à la création d'entreprises… Pierre-Antoine Bonvin fourmille de projets. Mais il n'est pas le seul. A gauche comme à droite, associations et groupes d'intérêts, tout le monde a son idée sur l'utilisation des millions de la BNS.

Au sein de la commission parlementaire «Or de la BNS», la foire d'empoigne a déjà commencé. Sa majorité bourgeoise, soutenue par la ministre des Finances libérale, Sylvie Perrinjaquet, ne veut pas entendre parler d'investissements. Rien ne dit qu'elle aura le dernier mot. Le débat au Grand Conseil se déroulera lors de la prochaine législature avec, peut-être, une majorité de gauche.

Dans ce contexte, le Parti socialiste multiplie les propositions: promotion de l'emploi, aides aux communes, financement de la liaison ferroviaire rapide entre le Haut et le Bas, réduction de l'endettement… Sur fond de campagne électorale, le PSN prendra position ce samedi, lors de son congrès. Une seule chose semble acquise: il proposera de saucissonner le magot en plusieurs pots.

Ce n'est pas tout. Les Verts entendent utiliser les 428 millions de francs pour un programme «d'assainissement énergétique» du canton. Dans L'Hebdo, le bureau d'architectes Geninasca/Delefortrie propose quant à lui d'utiliser une partie de la somme pour construire douze «folies» touristiques sur le lac de Neuchâtel ainsi que sur les crêtes du Jura.

Dans ce fatras, le peuple pourrait finalement avoir le dernier mot dans un scrutin à choix multiples. «Si le contre-projet du Grand Conseil nous satisfait, nous retirerons notre initiative», promet enfin Pierre-Antoine Bonvin.