Pour avoir été licencié six mois et demi après son entrée en fonction, en 2012, l’ex-directeur de l’Orchestre de la Suisse romande (OSR), Miguel Esteban, demandait 1,8 million de francs devant les Prud’hommes. Selon les termes d’un accord à l’amiable conclu le 1er novembre 2013 avec la Fondation de l’OSR (FOSR), le Cubain d’origine a obtenu 570 000 francs, dont 100 000 pour tort moral, a appris Le Temps. Soit l’équivalent de deux ans et demi de salaire, son contrat lui octroyant une rémunération de 230 000 francs par an, assortie d’un bonus ordinaire de 30 000 francs et d’un bonus extraordinaire.

La FOSR s’est acquittée de cette somme fin 2013. Miguel Esteban avait alors déjà retrouvé du travail à Londres au sein du groupe Universal, dont il est désormais vice-président «Artistes et Evénements «de la filiale U-live.

Co-fondateur et administrateur du Festival de Verbier jusqu’en 2001, Miguel Esteban avait été choisi par la FOSR, sous la présidence de Metin Arditi, pour succéder à Steve Roger à la tête de l’OSR. Engagé en mai 2011 pour une durée de 5 ans à compter du 1er janvier 2012, il était entré dans la maison à l’été 2011 déjà, pour se familiariser avec l’institution. Officiellement en fonction dès le 1er janvier 2012, il avait accompagné son prédécesseur pour une direction en tandem jusqu’au 1er mars 2012, date à laquelle il avait repris seul les rênes de l’OSR.

Alors que la FOSR et son président de l’époque ne tarissaient pas d’éloges sur leur nouvelle recrue à son engagement, la belle harmonie n’a pas tardé à se gâter. Le personnel a rapidement émis des réserves, tant sur les impulsions données par le nouvel arrivant que sur son style. Un style qui, à croire la requête en conciliation déposée fin 2012 aux Prud’hommes par le directeur limogé, a rapidement désarçonné Metin Arditi lui-même.

A titre d’exemple, dans un échange de mails entre le président et son directeur datant de novembre 2011, Miguel Esteban conclut son message par une petite touche d’humour: «C’est la priorité des priorités, poil au nez». Réponse lapidaire de Metin Arditi: «Evite de terminer tes mails par des réflexions telles que la dernière en date». Ambiance.

Après plusieurs mois de tergiversations quant à l’avenir de Miguel Esteban, et une lettre d’avertissement, son licenciement avec effet immédiat, pour «justes motifs», lui est signifié le 12 juillet 2012. La FOSR invoque une série de dysfonctionnements et autres problèmes de comportement.

Contestant en bloc les motifs de son licenciement, Miguel Esteban attaque la FOSR devant les Prud’hommes en octobre 2012. Il réclame 1,8 millions de francs. Le litige est résolu le 1er novembre 2013 par un accord transactionnel entre les parties. L’accord est communiqué à la presse par la FOSR mais le montant de la transaction est tenu secret.

En novembre 2013, résolue à obtenir les détails de l’accord, la RTS entame des démarches, au nom de la Loi sur l’information du public (LIPAD). Malgré un premier préavis positif du préposé à la protection des données en faveur de la requête, la FOSR refuse de communiquer. La RTS porte l’affaire devant la justice genevoise, qui la déboute, puis devant le Tribunal fédéral. Lequel statue le 18 septembre dernier et déboute définitivement la RTS, faisant prévaloir, en substance, le respect de la sphère privée sur le droit à l’information du public.

Contactés par Le Temps, Miguel Esteban, son avocat Charles Poncet et celui de la FOSR, Bernard Ballansat, ont refusé de confirmer ou d’infirmer le montant de la transaction, en raison de l’engagement de confidentialité qu’elle contient. Présidente de la FOSR depuis juillet 2013, Florence Notter n’a pas répondu à nos questions. Son prédécesseur, Metin Arditi, sous l’autorité duquel Miguel Esteban avait été licencié, précise qu’il n’a «absolument pas été partie prenante à cet arrangement». «Quand j’ai quitté la présidence de la FOSR, l’idée n’était pas de se diriger vers un arrangement», précise-t-il, en s’abstenant lui aussi de tout autre commentaire.

La FOSR étant subventionnée à hauteur de 19 millions de francs par la Ville et l’Etat de Genève – un montant correspondant à 72% du budget d’exploitation de l’OSR –, le contribuable genevois a indirectement payé une bonne partie de la somme reçue par Miguel Esteban. «Mais la FOSR a géré cela sur ses fonds propres, ses réserves, ses dons, bref, sur son budget, sans diminuer ses prestations, souligne le magistrat municipal en charge de la Culture, Sami Kanaan. La Ville n’a pas rallongé quoi que ce soit.»