Grève des femmes

«Lorsque les femmes s’arrêtent, c’est l’ensemble de la société qui s’arrête»

Réunies à Bienne pour des «Assises féministes», quelque 500 femmes ont approuvé des revendications en 17 points et échangé leurs expériences en vue d'une grève féministe le 14 juin prochain

Les nuances de violet, couleur du rassemblement féministe, se déclinaient dimanche dans la foule réunie à Bienne dans la Maison du peuple. Quelque 500 militantes en provenance de plusieurs cantons s’étaient donné rendez-vous là pour officialiser leur appel aux femmes à faire la grève le 14 juin prochain. L’événement a réuni des syndicalistes, des étudiantes, des militantes féministes de longue date, mais aussi des citoyennes novices en politique, déterminées à marquer l’histoire vingt-huit ans après la première grève des femmes, qui avait vu 500 000 personnes descendre dans les rues de Suisse le 14 juin 1991.
Point d’orgue de la journée: l’adoption d’un catalogue de 17 revendications lues au micro en plusieurs langues: égalité salariale, assurances sociales «garantissant des rentes dignes», valorisation de métiers dits «féminins», réduction du temps de travail, droit à des congés pour s’occuper des enfants et des proches, mais aussi régularisation des femmes migrantes, gratuité de l’avortement et de la contraception, ou encore suppression de la «taxe rose».

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Un puissant ras-le-bol

Ces «Assises féministes» ont été l’occasion pour des femmes des différents comités cantonaux de parler des actions menées depuis plusieurs mois pour préparer l’événement du 14 juin. Chaque rappel des raisons de la colère a été noyé sous les applaudissements: «Dans ce pays, 80% de la lessive est faite par les femmes!» «Les Suissesses perdent 100 milliards chaque année en raison de leur travail reproductif!» «Des femmes sont licenciées parce qu’elles tombent enceintes!»

«Nous souhaitons montrer que lorsque les femmes s’arrêtent, c’est l’ensemble de la société qui s’arrête», explique Maria Pedrosa, secrétaire au Syndicat des services publics (SSP). Ce mouvement lancé par les syndicats et les milieux de gauche sera-t-il à même de rassembler largement? «Toutes ne se retrouveront pas forcément dans nos revendications, comme la baisse du temps de travail ou la critique du système capitaliste. Mais il ne faut pas forcément approuver chaque point du manifeste pour adhérer à notre mouvement», répond la syndicaliste.

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Les organisatrices misent sur le ras-le-bol qui gronde dans la société. Signe avant-coureur: le 22 septembre 2018, quelque 20  000 membres de la société civile se sont rassemblés à Berne pour manifester en faveur de l’égalité. Le 24 novembre, 4000 ont protesté lors de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes, alors que, jusqu’ici, l’événement n’avait rassemblé chaque année qu’une centaine de personnes. Maria Pedrosa y voit aussi un effet des mobilisations internationales #MeToo: «Nous sommes à une époque où les droits qui nous semblaient acquis sont à nouveaux attaqués.» Les Suissesses s’inspirent d’ailleurs de la grève féministe espagnole, qui a réuni près de 5 millions de personnes le 8 mars 2018, mais aussi des Islandaises et de leur slogan: «C’est le système qui doit changer, pas les femmes.»

Une Suisse tellement lente

A Bienne dimanche, plusieurs femmes qui avaient participé à la première grève de 1991 ont répondu présent. Comme la députée socialiste au Grand Conseil valaisan Doris Schmidhalter-Näfen. Vingt-huit ans plus tard, les femmes ont obtenu un congé maternité et le droit à l’avortement. Mais l’égalité inscrite dans la Constitution n’est toujours pas effective et «la Suisse est si lente», soupire-t-elle. «Lorsqu’on voit ce que le parlement a fait de la loi sur l’égalité lors de sa révision l’an dernier, c’est ridicule.»

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Ces Assises avaient aussi comme objectif d’échanger des expériences de terrain. Du côté de Lucerne, par exemple, on se demande comment mobiliser hors des villes: «Nous sommes l’un des cantons les plus conservateurs de Suisse, catholique, avec un Conseil d’Etat occupé exclusivement par des hommes. Comment gagner les femmes de la campagne?» Le comité de Berne a peut-être trouvé une solution: il est entré en contact avec l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales. Le 5 mai prochain, les militantes prévoient d’organiser un petit déjeuner campagnard dans le Simmental, pour parler grève des femmes.

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