La Loterie Romande n'en finit pas d'affûter ses critiques contre la nouvelle loi fédérale sur les loteries et paris (LLP). Mardi à Lausanne, la présentation de ses résultats annuels à la presse a été l'occasion pour son président, Jean-Pierre Beuret, et pour le conseiller d'Etat Jean-René Fournier, membre valaisan de la Conférence romande des loteries et des jeux, de redire leur opposition au projet.

«Ce texte est fondamentalement inacceptable pour les cantons», a souligné Jean-René Fournier, en rappelant qu'ils s'y étaient tous opposés lors de la procédure de consultation. Si la loi mise en révision date de 1923, il considère que sa relecture ne relève pas d'une analyse objective, mais s'inscrit dans les transferts de charges ou de recettes recherchés par Berne: «On prend aux cantons ce qui fonctionne bien pour leur rendre des compétences coûteuses.» Pour lui, le sujet s'apparente à celui du «paquet fiscal», qui voit les cantons menacer d'exercer pour la première fois leur droit de référendum contre une décision des Chambres.

Sur le fond, les motifs d'opposition sont connus. En tête vient le refus d'une ouverture du marché des loteries à des sociétés anonymes, avec le risque de concurrence étrangère qu'il présenterait, le refus de prélèvements fiscaux plus élevés, le refus de taux imposés de redistribution aux joueurs, surtout s'ils devaient être moins élevés que dans les casinos. La Loterie Romande et les cantons tiennent aussi au maintien intégral des compétences cantonales en matière de loteries, qu'il s'agisse de l'autorisation des jeux ou de la répartition des loteries à des fins d'utilité publique. «Dans un tel système de proximité, le joueur sait que l'argent qu'il perdra ne l'est pas pour tous, et irrigue le tissu associatif, culturel et sportif de sa communauté», estime Jean-Pierre Beuret. Une fiscalisation dirigée de Berne rendrait à son sens le jeu «anonyme et sans racines». Directeur général de la Loterie Romande, Philippe Maillard ajoute que le système en vigueur permet un pilotage beaucoup plus fin des aides, notamment envers la culture «off». De très nombreux artistes s'opposent d'ailleurs à la révision envisagée de la LLP.

En attendant la prise de position du Conseil fédéral, et des débats parlementaires qui s'annoncent enflammés, s'accrocher à son terreau local n'empêche pas la Loterie Romande de rêver à des promesses de gros lots de taille continentale. Avec sa consœur alémanique SwissLos, elle compte ainsi s'intégrer dès 2004 au second «lot» de pays (avec l'Irlande, le Portugal, la Belgique, la Hollande et l'Autriche) prévoyant de rejoindre à la fin 2004 les pionniers de l'«EuroMillions». Sous ce nom, la France, l'Espagne et la Grande-Bretagne lanceront le 13 février prochain un jeu mettant en commun les mises des trois pays, et permettant de constituer, une fois par semaine, des lots de 15 à 60 millions d'euros. Un nouveau billet à gratter à 100 francs, promettant douze fois un million de gains, sera par ailleurs mis en vente en septembre. La Loterie Romande se félicite par ailleurs du succès de son jeu promettant une rente à vie: «Nous sommes à 200% de nos objectifs.» Le nombre des «tactilos», ces jeux online qui permettent de gratter sur écran, devrait par ailleurs être accru. La Loterie Romande s'attend ainsi à augmenter de 10% son revenu brut des jeux en 2003. Elle exploite actuellement pas moins de vingt-deux jeux.

Quant aux résultats 2002, ils traduisent déjà une progression. Avec un revenu brut des jeux (RBJ) de 283 millions de francs (+ 3,7% en un an) représentant 157 francs par habitant

(+ 6 francs), la Loterie Romande se place au second rang européen derrière la Norvège. Elle a enregistré un bénéfice net total de 143,5 millions (+ 5,9%). Ce sont surtout les billets instantanés qui progressent dans les ventes, passant de 69,47 millions à 81,09 millions (+ 17%). Les jeux online et le PMU stagnent, alors que le SwissLoto enregistre une diminution régulière (-15%) depuis 1999. Par habitant, le RBJ est toutefois très variable selon les cantons. Variant entre 192 francs et 208 francs entre Vaud, Neuchâtel, Valais et le Jura, il tombe à 98 francs à Genève et à 69 francs à Fribourg. La Loterie Romande l'explique dans le premier cas par la concurrence des jeux français et dans le second par celle des machines à sous autorisées dans les cafés.

La Loterie Romande, qui emploie 270 personnes dont une centaine de vendeurs de rue, a réparti 40 millions de commissions entre ses 3000 points de vente. Elle a aussi redistribué 136,4 millions contre 136,2 millions en 2001 à des projets d'intérêt public, où le sport se taillera dès cette année une part supplémentaire équivalente au sixième de son bénéfice. Après son cuisant échec dans la course aux casinos, il lui reste enfin toujours sur les bras l'immeuble du Château d'Ouchy, à Lausanne, payé 34 millions à l'époque. «Mais ses frais sont couverts par son exploitation», assure Philippe Maillard.