Ce dimanche 9 décembre 2007, avec cinq minutes de retard sur l’horaire, le premier train passagers perçait le Lötschberg pour marier Berne et le Valais. Presque instantanément, le Vieux-Pays s’affranchissait des chaînes de la périphérie. Le tube mettait Viège à une distance de pendulaire de la capitale: 55 minutes.

Trois ans après, le tourisme n’est pas le dernier secteur à apprécier les bénéfices de l’opération. Le président de l’organe faîtier, Urs Zenhaüsern, avance les statistiques des CFF, qui «enregistrent 60% de passagers en plus sur cet axe, dont 30% à destination du Valais.» Les données des transporteurs régionaux, CarPostal et Mattherhorn Gothard Bahn (MGB), confirment la tendance, avec des courbes de fréquentation de 20 à 30% supérieures sur les lignes les plus touristiques, vallée de Conches et Zermatt en tête.

Même si ce flot de clientèle n’est pas la manne providentielle des hôtels en station, dont la plupart affichaient déjà complet en pleine saison avant l’ouverture du tunnel, l’économie locale profite très largement des excursionnistes d’un jour (+40% en provenance de l’agglomération bernoise).

En l’absence d’une étude détaillée pour quantifier les retombées économiques, le canton s’appuie sur quelques indicateurs récoltés dans la région viégeoise. On note, d’abord, une énorme demande immobilière – 130 appartements en construction et 180 autres planifiés – qui révèle aussi un intérêt croissant des investisseurs institutionnels.

Nouveautés sanitaires

«L’aspirateur» Lötschberg fonctionne dans les deux sens: il n’est ainsi pas rare de voir des Haut-Valaisans sauter dans un train pour aller faire leurs courses à Thoune, à une demi-heure: «Cela devrait contraindre les commerçants à améliorer la qualité et à se montrer concurrentiels», annonçait en substance l’hôtelier de Brigue et ancien président du Parti socialiste Peter Bodenmann dans une chronique récente.

Il transpose aussi, par anticipation, ces nouvelles habitudes au domaine de la santé: avec la libéralisation du marché hospitalier en 2012, les Haut-Valaisans pourraient rapidement préférer l’Hôpital de l’Ile, à Berne, à celui de Sion, où le personnel est désespérément francophone.

Voilà peut-être un effet collatéral de l’ouverture du Lötschberg: il a grossi le trait qui marque la frontière entre le Haut et le Bas-Valais. Les retombées seraient, pour le moment, exclusivement à la faveur du Haut, regrette le Bas, qu’Urs Zenhaüsern invite à «plus de dynamisme»: «Le val d’Anniviers ou le plateau de Crans-Montana sont à égale distance de Berne que Saas Fee. Les destinations doivent saisir cette opportunité pour mieux se vendre.»