■ Yves Daccord, directeur général du CICR
«Etudiant, j’avais choisi les sciences politiques, les HEI de l’époque me semblaient trop axées sur l’histoire… l’institut a beaucoup évolué depuis sept ans. Il s’est agrandi, et il a cette audace de mêler relations internationales et développement. Il fait évoluer la vision classique de la Genève internationale en offrant un pôle de recherche qui fournit une réflexion plus profonde. Il ajoute désormais un facteur d’attraction pour Genève, avec un campus. Et puis, il faut souligner le caractère physique de cette nouveauté, avec la Maison de la paix: depuis le lac jusqu’au BIT, nous avons désormais un continuum symbolique. Dans la recherche, l’institut est sorti de ses zones de confort, il fait des efforts. C’est plutôt à nous, dans l’humanitaire, de nous ouvrir davantage, car nous restons sur une recherche appliquée… Et maintenant, il faut se connecter aux pôles de recherche de l’Arc lémanique, même en matière de nouvelles technologies, qui ont une importance croissante.»
■ Michel Duclos, ambassadeur de France en Suisse
«C’est une institution qui a compté et qui compte toujours, même si elle a passé une phase difficile. A présent, l’institut se repositionne de manière spectaculaire. Il bénéficie aussi de l’image des institutions universitaires suisses et en particulier lémaniques – songez à l’EPFL –, qui se renouvellent et qui ont un impact mondial. A Paris, Science Po a longtemps été une école franco-française. Elle s’ouvre au niveau européen et transatlantique. L’IHEID n’a pas eu à faire cette ouverture, elle a toujours existé. Et l’institut peut aujourd’hui s’ouvrir aux pays émergents, ce que Sciences Po n’a pas encore réalisé. J’ai toutefois un petit doute sur les accents mis en matière de coopération internationale, de développement et d’environnement, sous ce toit de la «Maison de la paix». Nous le voyons bien ces temps, le monde n’est pas que paix, mais aussi guerre ou menace de la force. Il est bien de valoriser la coopération, mais sans verser dans l’angélisme.»
■ Julia Marton-Lefèvre, directrice générale de l’Union internationale pour la conservation de la nature
«Nous avons besoin de davantage de jeunes, et d’étudiants, à Genève! J’espère que, par le biais de l’IHEID, leurs voix et expériences, basées sur une autre réalité que celle de la plupart des Genevois – y compris les internationaux –, puissent être entendues. La présence de l’institut est importante pour nous, par le renforcement des capacités des étudiants qui viennent pour leur formation, et pour la présence de ces leaders de demain, venant des quatre coins du monde.»
■ Luzius Wasescha, représentant de la Suisse à l’OMC de 2007 à 2012
«L’institut représente un avantage additionnel pour la Genève internationale. C’est un patrimoine intellectuel qui n’attend que d’être cueilli, en faisant un lien entre les organisations internationales et les milieux universitaires. Je suis toujours surpris par le peu de créativité à Genève et en Suisse pour sauter le mur qui entoure les tours d’ivoire et les organisations internationales. L’IHEID est encore une tour d’ivoire, jusqu’à un certain point. C’est le rôle de tous les acteurs que d’utiliser davantage les connaissances qui y sont produites. L’institut doit aussi considérer Berne comme la capitale, et non l’inverse: un travers genevois. Cela passe par des opérations de charme et, surtout, associer des hauts fonctionnaires fédéraux aux réflexions, pour que les idées soient incluses dans les processus de négociation.»
■ François Nordmann, ancien diplomate, chroniqueur au «Temps»
«L’institut joue un peu le rôle de l’Université Columbia à New York pour les Nations unies. Avec un peu moins de passerelles entre responsables de l’ONU et corps enseignant. Ici, il n’y a pas les mêmes responsabilités, mais, par analogie, on pourrait imaginer davantage de liens, que des professeurs de l’IHEID soient recrutés pour des tâches auprès de l’ONU… En outre, à Genève, on n’exploite pas assez les organisations ou les ONG, qui produisent des théories, des articles intéressants. Et, dans la pensée sur la gouvernance mondiale, Genève a du retard. Il faut encore penser aux liens avec l’Université de Genève. On peut parler de concurrence stimulante, il ne faudrait pas qu’elle devienne dommageable…»
■ Xavier Comtesse, directeur romand d’Avenir Suisse
«Il faut transformer Genève non seulement en place hôtelière où les gens viennent régler des conflits, ce qu’elle est, mais en lieu de pensée. La Maison de la paix, avec l’IHEID, y contribuera. L’institut a atteint la masse critique nécessaire et s’est hissé au niveau des grandes écoles internationales, dans un contexte où l’Université de Genève n’a pas été spécialement agréable… On peut trouver encore l’institut très académique, mais ce qui manque vraiment est un think tank genevois. On ne peut demander à une institution académique de jouer ce rôle. Un think tank apporterait la pièce manquante, surtout s’il se penche sur les questions de régulation, l’architecture fine du monde, domaine où seule Genève est présente.»