Le loup n'en finit pas de susciter les passions en Valais. Celui du val d'Hérens, abattu en août au-dessus d'Evolène, refait parler de lui. Fauna VS, la société valaisanne de biologie de la faune, rallume la controverse. Alors que 300 moutons et animaux tués ont été attribués au prédateur, elle s'interroge aujourd'hui sur ces chiffres. A Berne, les responsables du projet «loup suisse» gardent cependant leurs distances.

Six mois après la mort de l'animal, tué d'une balle en plein cœur par un garde-chasse, on retrouve sa trace dans les statistiques sur les dégâts des grands prédateurs, qui sont transmises à la Confédération par les cantons. Dans leur dernier bulletin, les biologistes indépendants se sont ainsi livrés à une analyse et à un recoupement des données.

Premier constat: sur les 271 «victimes» annoncées par le Service valaisan de la chasse, 147 sont en réalité des moutons qui ont disparu dans la région et ont simplement été imputés au prédateur. Fauna VS revient aussi sur le nombre de mammifères sauvages qui auraient été victimes du loup du val d'Hérens. Le chiffre de 180, parmi lesquels bon nombre de chamois, a été avancé. Or, il serait impossible, en l'espace d'une année, de retrouver autant de carcasses de proies.

Autre point énigmatique: selon les statistiques cantonales, 15 moutons ont été tués dans la même région d'Evolène entre le 15 mai et le 8 juillet, non par le loup, mais par un lynx. Pour Fauna VS, de tels dégâts, aussi concentrés dans l'espace et le temps, sont d'autant plus surprenants que cela fait des années qu'il n'y en a pas eu autant dus au lynx en Valais. Or, ils apparaissent juste après que l'autorisation d'abattre le loup eut été accordée le 1er mai.

La localisation de ces moutons tués par le loup et par le lynx montre une étonnante coïncidence, notamment dans la région des Haudères. «Et s'il s'agissait tout simplement d'un transfert de quotas?» se demande Raphaël Arlettaz, de Fauna VS. Mais pourquoi? «Le sort du loup étant administrativement réglé, le report de la responsabilité sur le lynx aurait enfin donné l'occasion d'en allumer un sous couvert d'officialité.» Autre hypothèse, il aurait pu y avoir deux loups dans la région. Celad'autant que de nouveaux dégâts sont survenus en octobre dernier dans le val d'Hérens.

Face à ces nouvelles mises en cause, Narcisse Seppey, le chef du Service valaisan de la chasse, n'a pas voulu réagir. De son côté, le Kora «n'a pas de raison de mettre en doute les cas annoncés par les cantons». A l'Office fédéral de l'environnement également, le vice-directeur, Willy Geiger, ne veut pas entrer dans ce qui lui apparaît comme une «guerre des chiffres».