Alors que les rues des villes suisses sont investies par les opposants au vaccin, les sentiers de montagne, eux, voient défiler les défenseurs du loup. Samedi après-midi, 150 personnes ont manifesté au col du Marchairuz dans le Jura vaudois, pour dire leur opposition aux tirs de régulation. Ils réclament un moratoire sur ces tirs octroyés au canton fin août par Berne sur deux jeunes loups d’une meute qui sévit dans la région. Pour l’heure, les fusils n’ont pas réussi à remplir leur office. Mais ils peuvent parler jusqu’au 31 mars prochain.

Le nombre de meutes augmente

En Valais comme dans le canton de Vaud, le loup est devenu un objet de tension entre la majorité des éleveurs, qui voient le prédateur attaquer moutons (en Valais) ou bovins (Vaud), et les défenseurs des animaux, bien décidés à défendre cette bête trop longtemps disparue de nos forêts. «En tant que citoyen, nous devons réagir. Il s’agit de tirs politiques pour calmer les éleveurs. Le fusil ne doit pas être l’unique solution», a déclaré samedi à l’ATS Alain Prêtre, l’organisateur de la manifestation, journaliste retraité et photographe animalier. Il estime, à l’instar des manifestants qui ont hué la conseillère d’Etat verte Béatrice Métraux, que la solution expéditive n’est pas de nature à régler le problème. Car l’abattage de ces jeunes spécimens conduirait à l’éclatement et à la dispersion de la meute.

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Les éleveurs ne sont pas en reste. Il y a trois semaines, 250 éleveurs et bergers avaient participé à une action à Mollens, dans le Jura vaudois, allumant un «feu d’alerte et de solidarité» avec les agriculteurs touchés. Depuis, une deuxième meute a été identifiée par le canton à fin septembre, dans le massif du Risoud à la Vallée de Joux. Les dégâts: onze bovins et quatre chèvres attaqués depuis le début de la saison d’estivage dans la région, relate l’agence.

En Valais, le loup fait parler de lui depuis plus longtemps, divisant aussi les pro et anti. «La votation qui se profile sur les grands prédateurs ne va pas calmer les choses, bien au contraire, estime Christophe Clivaz, conseiller national valaisan vert et favorable aux tirs de régulation. Le nombre de meutes augmente, et il faut apprendre à vivre avec cette nouvelle donne, qui était la normalité il y a encore cent ans.» Une trentaine de spécimens vivent actuellement dans le Vieux-Pays. Début août, les gardes-faunes de la vallée de Conches ont abattu un animal, après un été meurtrier: dix moutons avaient en effet succombé.

«De l’huile sur le feu»

Cet été, des bénévoles de l’Organisation pour la protection des alpages suisses (OPPAL), collectif soutenu par l’Etat du Valais, se sont relayés sur trois alpages fréquentés par les prédateurs, afin de protéger les troupeaux, armés de sifflets et d’un pistolet d’alarme chargé à blanc. «La protection des alpages est un sujet complexe, poursuit Christophe Clivaz. Mais ce genre d’action a l’avantage de raccommoder les citadins défenseurs du loup et les éleveurs en permettant le dialogue.»

Le dialogue, c’est aussi le credo de Julien Regamey, photographe animalier qui passe le plus clair de son temps libre à pister ces bêtes avec son objectif. Mais sans pour autant mépriser la problématique des éleveurs. Il y a quelques jours, il a rencontré une cinquantaine de bergers vaudois pour un échange d’expérience et afin de trouver des solutions constructives. En revanche, il n’a pas mis les pieds à la manifestation du Marchairuz, samedi: «Aller là-haut crier avec les pro-loups est contre-productif. Cela ne sert qu’à mettre de l’huile sur le feu et ne résout rien. Les défenseurs du loup sont pleins de bonnes intentions, mais ils ne connaissent pas la problématique dans son ensemble, ce qui est possible et ce qui ne l’est pas.»

Pour cet observateur de premier ordre, il est par exemple «impossible de cloîtrer des veaux sur la montagne». En revanche, d’autres solutions sont intéressantes, selon les situations: parcs adjacents aux fermes avec caméras vidéo pour repérer la présence du prédateur, tirs d’effarouchement, ou encore mélanger veaux et génisses à l’alpage, ces dernières protégeant les petits. Mais toute solution a son revers: «Si vous exposez par exemple les vaches mères au loup, elles vont défendre leurs veaux, mais devenir plus agressives. La crainte des éleveurs est alors qu’elles attaquent les touristes, ce dont ils seraient tenus pour responsables.»

La raison du plus fort est toujours la meilleure, dit la fable du loup et de l’agneau. La version contemporaine est encore à écrire.