Vocation

La lourde mission de Mathieu Bernard: donner la niaque aux chrétiens de Suisse

Le jeune Vaudois a quitté la gendarmerie cantonale pour devenir missionnaire. Pour mieux répondre à l’appel de Dieu, il suit une école évangélique en Californie. Rencontre avant la rentrée

Pour l’heure, c’est les vacances et Mathieu Bernard profite de l’été dans la maison parentale, à Yvonand (VD), avec sa femme Sophie et leur fille Shekinah, qui vient de naître. Mais à la rentrée, la petite famille reprendra le chemin de la Californie. A Redding, dans le nord de cet Etat, le couple suit l’école de la Bethel School, où l’on enseigne le ministère surnaturel. C’est bientôt, pour Mathieu du moins, la deuxième année qui commence.

A 28 ans, Mathieu Bernard est étudiant missionnaire. Il était dans la gendarmerie vaudoise, comme son père. Sophie était éducatrice. Mais c’était avant. Ecoutant le bouillonnement qu’ils sentaient en eux, ils ont rejoint cette école californienne, qui est en vogue dans le monde des protestants évangélistes: «Nous voulions faire quelque chose pour Dieu».

Le cadre est «super-stimulant» à en croire le jeune homme, conquis par le dynamisme et le professionnalisme américains. A l’église, une mega-church, la musique est d’une qualité impressionnante. Ce qu’on apprend à la Bethel School? «Le leadership. Entre autres choses, car le programme de l’école couvre une quarantaine de cours.»

En pleurs, effrayé par la lourdeur de la tâche

Auparavant, il y avait eu l’école de disciple, lors d’un voyage au Népal pour Jeunesse en Mission, un mouvement indépendant ancré dans la mouvance évangélique. Mais c’est en Australie, pendant la louange, que Mathieu va comprendre sa mission. Dieu l’appelle «pour le réveil de l’église suisse». Il dit s’être retrouvé au sol, en pleurs, effrayé par l’ampleur d’une tâche trop lourde pour lui. L’appel, depuis, lui a été confirmé par deux fois. Maintenant, il a confiance.

De quel sommeil, au fond, les chrétiens de Suisse ont-ils besoin d’être réveillés? «C’est une somnolence, souvent due au manque de vision et de projet, répond-il. On n’ose plus bousculer le train-train des dimanches matins. Nous ne prenons plus de risques, nous n’avons plus cette fierté de détenir la bonne nouvelle que Jésus est mort à notre place et ressuscité. La population, du coup, ne sait plus ce qu’est l’église, faute de partage. Alors que certains ont tant de faim et de soif…»

Remplir les stades

Enfant, quelque chose l’attirait déjà vers Dieu. Il fréquente, avec sa mère surtout, la Fraternité chrétienne, une église qui est aujourd’hui partie prenante du processus de reconnaissance officielle des églises évangéliques en cours dans le canton de Vaud. La Bible est la parole de Dieu, les Actes des Apôtres le livre qui touche le plus par le vécu qui s’en dégage. «Notre communauté laisse beaucoup d’opportunité à la jeunesse de se lancer, de s’exprimer, relève Mathieu. Sa ferveur religieuse, pour minoritaire qu’elle puisse paraître, ne l’éloigne pas de sa génération: «La plupart de mes amis ne sont pas dans l’église. Ils me taquinent parfois, mais ils voient que cette vie me plait.»

Après la seconde année d’études, à Redding, il y a en a une troisième, que Mathieu Bernard espère pouvoir faire en Allemagne, comme assistant de Ben Fitzgerald, un ancien dealer devenu évangéliste. Après il faudra attaquer la grande œuvre et propager l’amour du Christ en Suisse. L’appelé du «Revival» parle volontiers en public. Il se voit transmettra son feu comme orateur itinérant, organiser des événements. Dans la tradition des prédicateurs américains, il imagine les stades se remplir de ferveur, de croyants de toute étiquette en quête de guérisons et de prophéties.

Il est trop facile de faire la guerre au nom de Dieu

«Les chrétiens doivent avoir plus de niaque», nous dit Mathieu Bernard. Pour autant, le tribun de Dieu en formation n’aime pas trop se prononcer sur les questions qui font l’actualité. Il proteste à l’idée qu’il puisse y avoir le moindre point commun entre sa foi et la motivation qui pousse d’autres jeunes de son âge, depuis la Suisse aussi, à s’engager dans le Djihad. «Comme missionnaires, nous nous construisons un avenir pour les personnes défavorisées, consacrons notre vie à celle de autres, partageons l’enseignement de Jésus sur l’amour et le pardon». La «guerre des religions», il n’y croit pas: «On utilise la religion comme prétexte pour faire la guerre, dont les vrais fondements sont l’argent et le pouvoir. Il est bien plus facile de se battre au nom de Dieu, on se décharge de la responsabilité de nos actions.»

Devenir prophète en son propre pays, tel est le rôle imparti à ce jeune père de famille. Cela devrait lui éviter de connaître le sort de Béatrice Stöckli, dont l’État islamique a revendiqué en début d’année l’enlèvement à Tombouctou et qui est en ce moment la seule otage suisse dans le monde. Le DFAE ne fait état d’aucun élément nouveau. La vie en Suisse n’en présente pas moins un réel danger pour un jeune missionnaire: le coût de la vie. Le cadre dans lequel Mathieu Bernard évolue est celui du bénévolat. A titre d’exemple, le responsable romand de Jeunesse en Mission, Olivier Fleury fonctionne depuis vingt ans sans salaire. Chacun doit trouver des ressources, assurer son financement par des sponsors, solliciter son cercle d’amis. Mathieu Bernard et sa femme ont engagé leurs économies et leurs premiers soutiens dans leur aventure californienne. Au retour, il faudra trouver une base plus sûre. Le jeune papa n’exclut pas de devoir chercher un emploi.

Le blog de la famille Bernard: Mat & So' on the road

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