La chambre des mineurs de Munich a condamné les trois jeunes zurichois qui avaient agressé sans motif cinq personnes pendant un voyage de classe en été 2009 à des peines sévères. Deux d’entre eux ont été reconnus coupables de tentative de meurtre et de lésions corporelles graves, ils écopent de sept ans, ainsi que quatre ans et dix mois de prison. Le troisième comparse s’en tire mieux. Seules les lésions corporelles graves ont été retenues contre lui, il reçoit deux ans et dix mois de prison.

Les trois accusés, accompagnés de leurs parents, ont écouté la sentence sans manifester d’émotion apparente, a indiqué lundi à Munich lors d’une conférence de presse Hans-Kurt Hertel, porte-parole du tribunal. Le jugement, qui a débuté il y a huit mois, s’est déroulé à huis clos. Seules quelques informations choisies sont transmises aux médias à l’issue de l’audience.

Le tribunal est resté dans les trois cas en dessous des peines requises par l’accusation. Pour la porte-parole du Ministère public, Barbara Stockinger, «la sentence est dans la ligne de la pratique de la chambre des mineurs.» La défense avait plaidé des peines ne dépassant pas trois ans de prison.

Les juges n’ont pas suivi l’acte d’accusation sur un point. Lors de la première vague d’agressions dans le parc, les blessures infligées à trois hommes n’ont pas été jugées si graves que les conditions d’une tentative de meurtre soient réunies. «L’action des accusés n’a pas atteint une intensité telle qu’ils auraient dû compter avec une issue mortelle», a déclaré le porte-parole Hans-Kurt Hertel. Cette autre interprétation des faits a profité avant tout au membre du trio le plus faiblement condamné, Ivan. Il s’était déchaîné avant tout dans le parc, mais n’était pas impliqué dans l’assaut contre l’homme d’affaires qui a suivi. Sa peine a été réduite de plus de la moitié. Il est pourtant le seul qui n’a pas fait d’aveux, ni d’excuse. Si la condamnation n’est pas contestée, il pourrait même sortir de prison dans quelques mois, a précisé Hans-Kurt Hertel.

Les deux autres jeunes gens paient pour l’attaque sauvage envers l’homme d’affaires, la victime principale. Les coups qu’ils ont porté à la tête de l’homme, alors qu’il se trouvait déjà à terre, auraient pu entraîner sa mort. Son visage a été émietté, et il n’a pas complètement retrouvé la santé. Il souffre de troubles d’ouïe et de la vue. Mike, considéré comme l’initiateur de l’enchaînement de violence, a été le plus lourdement condamné. Le fait qu’il soit impliqué dans les cinq agressions a pesé lourd. Ses aveux, presque à la dernière minute, ont légèrement joué en sa faveur. Il est difficile de comprendre son avocat, qui avait demandé que la peine de son client soit limitée à un séjour de redressement, déjà couvert par la durée de la détention préventive.

Pour Benji aussi, sa participation à quatre des cinq agressions a été un élément à charge. Il a toutefois eu raison de changer d’avocat, et de stratégie. Après avoir refusé de parler tout au long du procès, il s’est décidé à sortir de son silence à l’avant-dernier jour. Les aveux qu’il a faits, ainsi que des excuses qu’il a présentées par écrit et de vive voix à l’homme d’affaires présent ont joué un rôle central dans l’allégement de plus de deux ans par rapport à la peine requise par l’accusation, a expliqué Barbara Stockinger, représentante du Ministère public.

Les trois adolescents avaient des antécédents judiciaires en Suisse, qui ont aggravé leur peine. Le porte-parole du tribunal a toutefois refusé d’en préciser la nature, se contentant de dire qu’ils n’étaient pas de la même intensité. Pour leur décharge, le tribunal a retenu le jeune âge des accusés au moment des faits – ils allaient sur leurs 17 ans – ainsi que la longue durée de la prison préventive passée loin de leur pays. Le tribunal a aussi tenu compte des procédures de conciliation menées avec quatre des victimes, qui ont reçu de l’argent des familles.

Le soir du 30 juin 2009, les trois élèves de l’école professionnelle de Küsnacht s’étaient transformés en cogneurs furieux. Dans un parc, ils avaient d’abord tabassé trois Macédoniens. Puis, prenant la fuite, ils s’étaient attaqués, en plein centre-ville, à un homme d’affaires, le frappant à la tête alors qu’il se trouvait déjà à terre. Puis ils s’en étaient pris à un étudiant avant d’aller se changer à l’auberge de jeunesse. Ils avaient été arrêtés pendant la nuit.

Mike, condamné à 7 ans de prison (9 ans requis)

Il est le seul impliqué dans les cinq agressions, il est aussi celui qui à chaque fois a porté les premiers coups. Il a commencé à cogner quand, frustré, il a remarqué la perte de son porte-monnaie, ce qui a été retenu contre lui comme motif particulièrement vil. Il vivait avec ses parents et ses deux sœurs plus jeunes. Pratiquant le hockey dans une équipe d’élite à Küsnacht, il avait arrêté ce sport une année avant les faits. Il avait déjà été condamné pour tentative de vol et agression (coups de pied et de poing). Il était connu pour boire beaucoup lorsqu’il sortait. Une place d’apprentissage l’attendait après ses vacances en 2009. L’expertise psychiatrique a attesté chez lui une intelligence supérieure à la moyenne.

Benji, condamné à 4 ans et 10 mois de prison (7 ans requis)

Il n’a pas frappé les trois premiers hommes dans le parc, mais s’est déchaîné contre l’homme d’affaires. Il vivait avec ses parents, une sœur et un frère, et était fou de basket. Il aimait également la musique et jouait de la guitare. A l’école, il s’était distingué par son peu de zèle et par ses arrivées tardives à répétition. Il n’avait jamais été remarqué pour sa violence, mais condamné pour vol de cigarettes et d’alcool. Il était le seul à n’avoir pas trouvé d’apprentissage.

Ivan, condamné à 2 ans et 10 mois (6 ans requis)

Il le seul qui n’a pas brisé son silence pendant les délibérations. Il vivait avec sa mère et trois frères. Avant d’arriver à l’école professionnelle de Küsnacht, il avait eu une scolarité plutôt chahutée, manquant souvent sans excuse. Sa mère l’avait envoyé dans une école privée pour qu’il décroche son certificat. Il avait été condamné pour lésions corporelles simples.