Le verdict est tombé à 4h jeudi matin devant la cour d’Assises de Lyon, qui jugeait depuis deux semaines cinq hommes suspectés d’avoir braqué le 26 novembre 2010 le bureau de change Migros de Thônex.

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Des peines de prison ferme de 18 ans, 16 ans, 15 ans et 4 ans ont été prononcées pour vol en bande organisée avec arme. Mardi dernier, 20 à 25 ans de réclusion avaient été requis à leur encontre. Les jurés ont donc presque suivi l’avocat général.

13 heures de délibération, un «record»

Un homme a été acquitté du motif de hold-up pour preuves insuffisantes mais a pris tout de même quatre années pour infractions et recels. Un cinquième homme suspecté d’avoir volé l’un des deux véhicules utilisé lors du braquage a été condamné lui aussi à quatre années de détention.

18 ans, sans aucune preuve directe, ni témoignage ni identification par témoin ou victime, c’est du jamais vu

Maître Robert Assaël, avocat du barreau de Genève, constitué partie civile pour les deux policiers genevois et le caissier du bureau de change, estime que la longueur de la délibération (quatorze heures) «qui est record» s’explique par la complexité du dossier, le nombre d’accusés et de questions à poser (83 en tout). «Par ailleurs, lorsque les peines requises sont élevées, l’examen doit être particulièrement minutieux», ajoute-t-il. Preuve de la tension qui régnait autour du Palais de Justice, une quinzaine de policiers armés ont été déployés en pleine nuit pour prévenir tout débordement des familles et proches des accusés très remontés contre le verdict.

De lourds casiers judiciaires

Agés de 30 à 49 ans, les accusés possédaient de lourds casiers judiciaires. Trois hommes en état de récidive légale encouraient la réclusion criminelle à perpétuité. «Ce qui m’a frappé dans ce hold-up, c’est sa minutieuse préparation, la violence inouïe des malfrats et leur mépris total de la vie humaine. C’est certainement le braquage le plus violent que la suisse ait connu», avait plaidé Me Robert Assaël.

La police comme «cible»

Pour rappel, le 26 novembre 2010 vers 18h30, le groupe de malfaiteurs est arrivé à bord de deux voitures volées, cagoulés et lourdement armés (kalachnikovs, fusils à pompe, petites armes de poing, explosifs). Surpris par des agents sortis d’un poste de police tout proche, ils ont fait usage de leurs armes avant de prendre la fuite vers la France. Ils ont abandonné un complice sur place qui, un hachoir à la main, avait été chargé de tenir en respect le personnel du bureau de change et de dérober un butin estimé à 820 000 francs. Ce dernier a été blessé aux bras par les tirs des policiers et a été interpellé.

La somme d’argent a pu être récupérée dans son intégralité. Maître Georges Rimondi du barreau de Thonon et de Genève, qui représentait aussi les parties civiles, avait déclaré au «Temps» que c’était un miracle qu’il n’y ait pas eu de conséquences dramatiques «car la police a été ce jour-là une cible».

Une décision de justice contestée

Les camps se sont vivement confrontés sur la fiabilité des traces ADN trouvées dans les véhicules volés et qui ont confondu les malfaiteurs. Le pénaliste David Metaxas, défenseur de l’un des condamnés, a estimé que «l’une des voitures a été volée six jours avant les faits et dans ces conditions mon client a pu y laisser son ADN sans pour cela avoir participé au braquage». Il indique jeudi au «Temps»: «Je suis choqué par cette décision de justice dont je fais appel aujourd’hui même. La justice a été rendue dans une salle d’audience pleine d’obscurité, sans lumière: elle a été aveugle. 18 ans, sans aucune preuve directe, ni témoignage ni identification par témoin ou victime, c’est du jamais vu».

C’est certainement le braquage le plus violent que la suisse ait connu

Selon Joël Sollier, l’avocat général, le verdict de la cour d’assises devait s’inscrire dans «une logique de démantèlement» de réseaux de criminalité organisée. Pour Robert Assaël, le verdict prouve aussi que la police genevoise a démontré beaucoup de professionnalisme lors du braquage: «Malgré les tirs qu’ils ont subis, les policiers ont démontré un grand professionnalisme et une maîtrise totale de la situation. Grâce à eux, il n’y a eu ni blessés, ni morts, ce qui est miraculeux et le hold-up a échoué». Il poursuit: «Contrairement à ce qu’a plaidé la défense du malfrat arrêté en Suisse, les policiers n’ont fait usage de leur arme, de manière proportionnée, que pour protéger en particulier une femme sur les jambes de laquelle ce malfrat avait roulé avec son véhicule à deux reprises.»

Mise à jour le 22 novembre: contrairement à ce que nous avons d'abord écrit dans le titre, il ne s'agissait pas d'une banque Migros, mais d’une agence de Change Migros.