A l'heure du réquisitoire, la procureure a eu des mots sévères contre les quatre Irakiens accusés d'avoir voulu implanter une cellule de l'Etat islamique en Suisse. Le Ministère public de la Confédération demande de lourdes peines: sept ans et demi pour Osamah, présenté comme la tête pensante du groupe. 

Le jeune Irakien répond de participation à une organisation criminelle au sens de l'article 260ter du code pénal. Il est aussi accusé d'avoir, à plusieurs reprises, incité à l’entrée, à la sortie et aux séjours illégaux. La même peine est requise à l'encontre de son complice présumé Wesam. Pour les deux autres accusés, le Ministère public réclame cinq ans et demi et deux ans et demi de réclusion.

D’un «lion» à un «chacal»

Aux yeux de la procureure, la culpabilité des quatre Irakiens ne fait aucun doute. Osamah, en particulier, serait venu en Suisse «dans le seul but de servir l'Etat islamique tranquillement», a affirmé la magistrate devant la Cour. Un être double et malin, mû par d'abjectes desseins, qui n'a eu de cesse de mentir aux autorités suisses: tel est le sombre portrait du jeune Irakien dressé par la procureure, dont le Ministère public a expressément demandé de taire le nom «pour des raisons de sécurité».

«Osamah a déclaré un jour dans un chat que, depuis son arrivée en Suisse, il n'était plus un lion (ndlr, un combattant), mais un chacal. Ce mot correspond tout à fait à l'attitude qu'il a adoptée. Le chacal est un animal malin, qui sait utiliser les ressources des autres animaux pour se nourrir», a lancé la procureure.

Dès son arrivée en Suisse en 2012, Osamah aurait trompé le Service des migrations au moment de sa demande d'asile, racontant qu'il avait perdu l'usage de ses jambes dans une attaque d'al Qaida, alors qu'il était déjà lié à un groupe djihadiste. Ses deux ans passés en prison n'ont rien changé, il continue aujourd'hui à «inventer des fables» devant le tribunal, prétendant que ses propos ont été mal traduits, poursuit l'accusation.

Durant près de trois heures, la procureure a déployé ses arguments visant à démontrer les «contradictions éclatantes» des propos des prévenus et leur culpabilité, dans leur volonté de préparer un attentat depuis la Suisse. Ils auraient largement profité de l'hospitalité et du système social de leur pays d'accueil, tout en poursuivant des objectifs criminels. Par leurs actions, les accusés jettent l'opprobre sur les réfugiés qui fuient chaque jour l'horreur de la guerre en Syrie et «n'ont rien à voir avec la barbarie de l'Etat islamique», a ajouté la procureure. 

Renverser le régime

Osamah a écouté, calme, baissant parfois la tête vers le sol, ou levant les yeux au ciel, étouffant quelques bâillements. Il avait déployé toute son énergie au cours de la matinée pour s'expliquer longuement, en arabe, tentant de démontrer son innocence. Il a nié à nouveau avoir employé un langage codé dans le but de préparer un attentat terroriste. Que voulait-il dire alors, lorsqu'il parlait de «pastèques» et de «cuire du pain» dans une discussion via Skype avec Abu Hajer, chef présumé d'un groupuscule lié à l'Etat islamique en Syrie?

Ces mots n'avaient «rien à voir» avec une quelconque intention criminelle, affirme Osamah. Abu Hajer n'est pas un terroriste, mais un riche Irakien sunnite, qui souhaitait l’aider à faire tomber le gouvernement irakien. Il souhaitait lui remettre un un disque dur, contenant des documents compromettants pour l'ancien premier ministre de son pays, Nouri al-Maliki. Tout cela dans le but de retrouver son frère, emprisonné par le régime.

Des peines inadéquates?

Ce disque dur est au cœur de la procédure et constitue sa principale zone d'ombre. Sur la base de l'interception de conversations entre les accusés, le Ministère public affirme qu'Osamah aurait chargé son complice Wesam de se rendre en Syrie pour y intercepter ce «flash» et le ramener en Suisse.

Cette clé contiendrait des informations sur la préparation d'un attentat. Or, l'objet en question, qui aurait dû servir de preuve concrète dans cette affaire, n'a jamais été retrouvé par les enquêteurs, qui n'ont pu déterminer la cible des terroristes présumés. Mais l'absence de ce document ne doit pas empêcher les juges de condamner les prévenus aux peines les plus sévères, affirme la procureure. L'accusation estime disposer de suffisamment d'éléments pour établir l'appartenance des prévenus à une organisation criminelle et leur plan d'attentat.

Ce procès, dit la magistrate, représente une «césure en Suisse»: «Nous prenons conscience qu'ici, aussi, des terroristes préparent des actes au nom de l'Etat islamique. Il ne s'agit pas d'une chasse aux sorcières: nous ne sommes pas face à d'anodins sympathisants mais à des criminels». Et d'enfoncer le clou: «Dans le contexte des actions de l'Etat islamique, nous devons nous demander si les peines, en Suisse, sont vraiment adéquates». Ce mercredi s'ouvrent les plaidoiries de la défense.